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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 10:34
Le grand argentier du royaume, empruntant les idées royales, concocte un système d'intéressement pour fonctionnaires méritants ( traduisez : remplissant leurs objectifs).
Il existait déjà le mérite individuel (j'en reparlerai après le second point), il existera dès que possible le mérite d'un service. Fantastique, non ? Selon le grand argentier, les services doivent viser des résultats et ainsi ils seront récompensés. Quand on sait qu'un service au sein de la Fonction Publique peut regrouper plusieurs corps de métier, comment ledit service va s'organiser pour harmoniser les résultats ? Et prouver qu'il a atteint ses objectifs ? La récompense d'un service signifie donc qu'il percevra plus de subsides pour fonctionner. Cela ne rémunèrera pas les individus (quel dommage pour eux !).
Le mérite individuel est intéressant car il ignore toute une frange de la population fonctionnaire. Là, il y a carrément une sélection par le haut (que les gratte-papier du bas de l'échelle catégorielle oublient qu'ils sont  méritants !). La crème de l'administration, ce sont les attachés d'administration (tout comme l'ENA est l'élite des écoles), ils sont donc les premiers concernés par cette prime au rendement, pardon au mérite. Cette prime devrait être étendue aux catégories A et B. En revanche, elle ne concerne surtout pas les catégories C : c'est une espèce en voie de disparition, (on avait déjà supprimé la catégorie D). Il faut savoir que deux catégories C (celle qui effectue les tâches les plus ingrates méprisées par les deux plus hautes qui ne mettent guère - ou pas du tout -  les mains dans le charbon) sont remplacés par une catégorie A (c'est bien ce qui facilite la suppression des postes de fonctionnaires). A la place des catégories B, je me méfierais car le jour viendra où comme les D, les C, ils disparaîtront du paysage administratif.
Conséquence du dégraissage, la prime au mérite ne sera pas une augmentation de salaire (pas question de mettre plus d'argent sur la table), mais la récompense des efforts personnels.
Mérite, oui, je crie ton nom ! Les plus forts en embrouilles, les carriéristes, les écraseurs d'arpions se verront récompensés (ils recevront certainement une médaille en chocolat). Tandis qu'ils recevront compliments et primes, le reste des agents en sera réduit à faire grise mine.
Cette nouvelle forme d'émulation n'est pas autre chose que la mise en concurrence des agents entre eux, c'est même une déclaration de guerre. L'esprit chefaillon va se répandre comme une traînée de poudre (c'est d'ailleurs déjà commencé) et empoisonner l'atmosphère (idem). Ce sera une guerre des chefs puisque les catégories A sont tous chefs.
Pour le reste, le travail sera sous-traité, pardon, externalisé (c'est déjà commencé). Les tâches les moins gratifiantes (entretien, gardiennage,...) s'exportent hors les murs administratifs. Viendra le tour de la gestion-paperrasse, de la gestion des bases de données, de la maintenance des matériels, et j'en passe et des meilleures.
Oui, Mérite, je crie ton nom.
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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 13:50
Oui, elle recule pour ne pas battre complètement en retraite. La réunion d'hier au ministère en présence des syndicats (sauf un, le plus important dans le supérieur) et les présidents d'université a permis une ouverture. Le décret va être remanié. La discussion n'est pas close car une nouvelle séance de négociations est prévue pour la semaine prochaine.
Bon, c'est mieux que rien puisque la grève dans le supérieur autorise une remise en cause du décret tant décrié. il sera donc amendé après concertation. Question de méthode et non pas question d'idéologie. Restent cependant des problèmes à résoudre. En effet, s'il n'y aura aucune suppression de postes d'enseignants en 2010 et 2011 (juré, promis, craché), rien n'a encore été dit quant aux suppressions chez les BIATOSS (ces personnels dont on veut se débarrasser car il faut faire des économies). Oh non, on ne les met pas dehors, il suffit de ne pas les remplacer quand ils s'en vont jouir de leur retraite. Pour aller plus vite, le gouvernement a d'ailleurs proposé deux ans de salaire à ceux qui partiraient d'eux-mêmes avant l'âge de 55 ans, deux ans de salaire pour monter sa propre affaire. Astucieux, non ? Un leurre oui ! Comment un individu tenterait-il l'aventure dans une conjoncture aussi mauvaise que celle nous connaissons ? En outre, quand on connaît la hauteur du salaire moyen d'un fonctionnaire (principalement des catégories C - la catégorie D est supprimée depuis belle lurette - le smic), on se dit tout de suite que ce serait du suicide. Je parie qu'aucun individu sain d'esprit franchisse le pas, il préfèrera la sécurité de son poste (je parle des titulaires) au saut de l'inconnu, même s'il est mal payé, méprisé et soumis à la pression de la hiérarchie.
Supprimer les titulaires (et pas seulement à l'Education Nationale) consiste donc seulement à faire des économies. Pourtant il est une économie qui ne pourra être faite : il faudra bien tout de même les remplacer. Et c'est là où le moyen trouvé est encore plus dégradant, plus méprisant : on a créé une nouvelle catégorie de précaires qui ne bénéficient plus que de contrats de 10 mois (pointage assuré en juillet et août), et non plus des contrats de 12 mois renouvelables tacitement. Comble des combles, ceux qui auront de tels contrats n'auront aucune assurance d'être réembauchés en septembre. Si c'est pas se moquer du monde ! Une véritable honte : l'état est le plus grand débaucheur du royaume. Et ça ne date pas d'hier, ça ne fait que continuer puisqu'il faut économiser à tout prix et tant pis si la misère de ces précaires augmente puisque les caisses du royaume n'auront plus à débourser quoi que ce soit.
Donc, Mesdames et Messieurs les enseignants et chercheurs, n'oubliez pas que si votre sort ne sera pas aussi lamentable que promis initialement, ceux avec lesquels vous travaillez, ces BIATOSS méconnus et méprisés, attendent de vous un soutien infaillible puisqu'ils vous ont soutenus dans votre lutte. Comme vous, ils ont défilé, comme vous ils ont le sens du service public. Ne les abandonnez pas au sort ingrat de quantités négligeables alors qu'ils effectuent tout ce que vous ne pouvez faire. Sans eux, vous vous retrouverez avec des surcharges de boulot  "administratif" et  ne pourrez plus assumer et vos charges de travail, votre recherche. C'est là que l'état vous rattrapera et vous imposera de "travailler plus", mais pas pour gagner plus. Vous voulez être sauvés de la démagogie, de l'autoritarisme, de réformes qui n'en sont pas ? Sauvez donc ces anonymes méconnus et méprisés qui assurent toutes les tâches que vous seriez bien en mal d'accomplir !
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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 12:27

Oui, ce sont des forçats. Pas besoin de partir au-delà de l’Atlantique. Il suffit de traverser un boulevard quand on a la chance d’habiter un appartement près de son travail. A 8h, ils sont déjà dans leur bureau, les couloirs qui tranchent les bâtiments en deux parties égales ne bruissent déjà plus des salutations ou des rires. Le petit monde s’est déjà attelé à la tâche et résistera jusqu’à l’heure du repas, prendra une pause d’une heure avant de se retrouver, enchaîné, devant son écran jusqu’à la fin de l’après-midi.

Des horaires en apparence tranquilles, des séjours de 4h seulement dans les bureaux par demi-journée. Que redire à cela ? Rien. Certains ont imposé quelques horaires souples et débutent leur journée en décalé, d’autres ont profité de la possibilité du temps partiel pour conserver une demi-journée ou un jour entier selon leurs besoins.

Les jours de congés sont économisés pour les coups durs, pour les démarches ici ou là. Quand on travaille, les autres également et le propre de l’administration est d’être fermée juste à l’heure où soi-même on sort du boulot. Alors, il faut bien contourner cette difficulté d’approche et consacrer les sacro-saints congés pour partir à l’abordage de l’hermétisme administratif. On s’en tire à bon compte quand une seule demi-journée suffit à débrouiller l’écheveau. La plupart du temps, il faut de la patience : on fait la queue, on a pris le soin de s’armer du ticket d’appel afin de ne pas se faire dépasser par des goujats. Il faut bien traiter les problèmes à mesure qu’ils se posent, n’est-ce-pas ? De l’entêtement, il en faut une bonne dose pour ne pas craquer devant la lenteur des préposés dont on pense invariablement qu’ils prennent leur temps, comme si les quémandeurs étaient invisibles et disponibles selon leur bon vouloir. Parlementer, s’énerver, prendre la mouche, tel est le lot de ceux qui sont acculés face à l’apparente inertie administrative.

Et pourtant, ce petit peuple est actif. Il a l’air comme ça de se moquer de tout et de flâner sans souci des réclamations possibles. Traiter un dossier, cela requiert du savoir-faire, de l’intelligence mais aussi une bonne connaissance de la machine administrative. Sans ces compétences, les dossiers ne seraient jamais trraités et encore moins archivés. Tout le monde n’a pas les mêmes droits, donc il faut bien hiérarchiser le traitement de tel ou tel, s’enquérir du bien-fondé de telle demande, vérifier si tel droit est bien ouvert ou non… Oui, ça prend du temps et beaucoup d’énergie car le petit peuple administratif est confronté à une foule de requêtes très diverses. Alors, autant prendre patience et même racine si l’on veut obtenir ce que l’on est venu chercher.

Ah, les méandres des droits…. Un vrai casse-tête sans cesse renouvelé…. Rompu à son travail, l’administratif qui a, la plupart du temps, tout appris sur le tas, commis quelques erreurs grossières pour enfin se fondre totalement dans le mécanisme de son job et après avoir suivi quelques stages de formation a posteriori de son embauche, cet administratif est enfin disponible, sait écouter d’un air absorbé, semble comprendre ce qui lui est raconté avec force détails inutiles et considérations intempestives, s’acharne à prendre des notes, saisit des documents de référence, et enfin traite le cas qui lui est soumis avec une compétence admirable. Oui, il prend son temps, c’est certain, mais à sa décharge, on exige de lui qu’il soit omniprésent, omnipotent et omniscient. Tout juste si on ne lui demande pas d’être doué du don d’ubiquité. Voilà, c’est dit, c’est un forçat. Eh oui, les galères n’existent plus à Cayenne sauf les ruines, et le travail moderne a transféré ces galères au rang d’emploi. C’est cela la modernisation : annihiler l’ancien pour renouveler avec du neuf. On ne construit plus que sur des ruines, on transfigure les restes et on édifie de nouveaux bâtiments, puissants, imposants, hermétiques.

 


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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 12:15

 

Harcèlement quotidien : quand on veut abattre son chien, on déclare qu’il a la rage. Dans le travail, quand quelqu’un dérange, on dit qu’il est agressif ou qu’il fait mal son travail. On lui cherche noise à tout propos. Et quand la carrière d’un collègue est en ligne de mire, ledit collègue n’hésite pas à éreinter l’autre dont les défauts apparents ne sont que l’exacerbation des siens propres. Certains sont des moutons bêlants sur qui il est facile de tomber à bras raccourcis.

Ainsi va la vie. On n’a pas d’amis dans le cadre du travail. Tous ne sont pas des ennemis, mais tous ne sont que des relations de copinage aléatoire. Si la carrière est en jeu, personne n’hésitera à démolir au moindre prétexte le soi-disant ami auquel on dévoile son amertume de n’être pas reconnu et d’avoir à attendre pendant des années que X ou Y soit enfin parti pour grimper les échelons. L’autre, qui sait se montrer compréhensif et qui sait écouter, compatit, soutient et défend. Il se sent en effet atteint, dans sa naïveté imbécile, des méfaits des uns et des autres à l’encontre de cet ami qu’il aime. Il ne comprend pas qu’on lui fasse des misères et voudrait bien avoir le pouvoir d’inverser la vapeur. Mais, souvent, sa propre position d’inférieur n’est d’aucune aide à celui qu’il écoute. Il a au moins l’avantage de son amitié sincère et une oreille compatissante. Et c’est de cette manière qu’il se fait avoir : à trop écouter, à trop croire que leurs rapports sont sincères, à force de soutenir de manière inconditionnelle celui qui gémit, il devient gênant. Et si lui-même n’est pas doté de l’esprit carriériste mais que son rôle est, somme toute, plus important qu’on ne le lui fait croire, il est de bon ton d’exploiter sa sincérité naïve et de tuer l’amitié qui le lie à l’autre.

Tout le monde a le droit d’être ce qu’il est, on n’a donc pas à juger, ou plutôt, à méjuger, dès que cela arrange, non, dès qu’il dérange, qu’il soit ceci ou cela. Personne n’est parfait. Il faut savoir prendre les êtres pour ce qu’ils sont, défauts et qualités comprises. En revanche, c’est très malsain d’exploiter l’autre pour sa crédulité. Si chacun est dans son bon droit quant à sa carrière, nul ne devrait se permettre d’écraser les autres.

Entourloupe : faire passer des tests à quelqu’un pour soutenir sa propre thèse quant à la personnalité d'un individu ne devrait jamais avoir lieu par des non professionnels. Décrypter un test requiert un savoir et une formation particuliers. Jouer au psychologue quand on ne l’est pas est dangereux, non pour celui qui se prend pour Dieu, mais pour celui qui, bêtement, tombe dans le piège sans en connaître le sens. C’est un abus de pouvoir, c’est se montrer excessif, c’est tout simplement vouloir abonder dans son propre sens. C’est également la négation de l’intégrité de l’autre. Dans notre société, dite civilisée, avancée, moderne, on se targue trop facilement de savoir mieux que quiconque que tel ou tel est comme ceci ou cela. En s’arrogeant le rôle du psy, celui qui s’octroie ce rôle, outrepasse des limites que personne ne devrait se permettre de franchir. Cette méthode de démolition (car c’en est une) est infâme. C’est trop facile, en effet, de se poser en censeur, pour abonder dans son propre sens. La perception que l’on a des autres est toujours fragmentaire. Quand on s’attaque à la personnalité de l’autre, la moindre des corrections serait de ne pas s’illusionner sur son propre compte. Savoir se regarder dans une glace n’est pas très répandu, et l’image que les autres nous renvoient n’est jamais aussi flatteuse qu’on le voudrait.

On supporte difficilement les caractères forts. Surtout quand ces caractères forts ont raison. C’est bien là où le bât blesse : nous avons nos failles, nos incertitudes, nos espérances et nos désespoirs. La vie est une lutte quotidienne, acharnée, sans pitié. Les retours de bâton sont à prévoir : qui brille aujourd’hui s’éteindra demain. Ainsi va la vie : rien ne dure.

 


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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 12:33

On sent le désespoir de toute une administration frustrée et claquemurée dans ses déboires quand elle est absente. C'est le mois de mai, le plus férié de tous, le grand moment des premiers exodes. Pour les chanceux ayant pignon à la campagne, c'est bien le moment de cumuler les jours qui restent avec ceux des jours heureusement fériés. Un 1er mai qui tombe un jeudi et hop, on ne revient que le lundi. Un 8 mai qui tombe aussi un jeudi, alors là, c'est royal : le 12, un lundi, ce fameux lundi de Pentecôte, est redevenu férié également. La journée de solidarité aura lieu à un autre moment (peut-être tombera-t-elle aux oubliettes… qui sait ?). Les administratifs se sentent tellement coincés dans leur conformisme et méprisés qu'ils profitent de la moindre occasion pour échapper à la lourdeur de leur condition. Les murs sont tout d'un coup bien silencieux, les bureaux ne résonnent pas des conversations, les lampes sont toutes éteintes. Rien ne filtre derrière les cloisons.

Les plus malins auront su cumuler tous les ponts pour faire un très grand viaduc, un Garabit impressionnant. Comme on les comprend. Frustrations, brimades, conformisme, carrières ras le gazon, méconnaissance de leur investissement ont bien besoin de prendre un peu l'air. Et c'est un pied de nez géant qu'ils font à l'administration. Ils sont hilares des tours que joue le calendrier. Un calendrier qui, pour une fois, leur est favorable. Et tant pis pour le boulot. Ca attendra. Il sera bien temps mardi de tourner la clé dans la serrure, pousser la porte avec un soupir (on était si bien ailleurs !), ouvrir les tiroirs du bureau, les portes de l'armoire, sortir les dossiers et surtout les consulter.

 L'administration prend son pied en prenant de longs congés. C'est une vengeance délicieuse, qui se déguste à pleine bouche, sans délicatesse, presqu'avec la rage d'être libre plus longtemps que nécessaire. Pas question de perdre une miette de cette escapade prolongée. On la regrettera dès le mardi quand il faudra se lever tôt, courir après le train ou le métro, se prendre par la main pour rejoindre son poste, retrouver la mine déconfite des collègues avec lesquels on ne s'entend que de façade. La routine du quotidien reprendra vite tournure, au grand dam de la valetaille administrative qui préfère se la couler douce ailleurs mais qui subit, année après année, le joug de la tâche. Eh oui, ce sont des tâcherons, de simples tâcherons qu'on exploite quel que soit le niveau des compétences. Quant aux compétences, on est bien content qu'ils en soient bardés, mais pas question d'un merci ni d'une promotion. Plus les salaires sont bas, mieux la hiérarchie se conforte dans sa position dominante. Elle joue d'ailleurs volontiers du fouet que sa position lui octroie généreusement. Une petite réflexion par ci, une autre par là : "Vous êtes en retard de 3 minutes", "Vous n'avez pas encore terminé ? Mais que faites-vous donc ?", "Je vous ai cherché tout à l'heure, où étiez-vous donc ?". Pas le droit de pisser peut-être ? rétorque silencieusement le tâcheron qui se fait apostropher sans aménité. Esclave, voilà ce qu'il est et rien d'autre. Et le droit à la parole, pas question. Obéir, toujours obéir sans broncher, faire les 36 volontés du supérieur hiérarchique, courber l'échine, se voûter à l'extrême, plier systématiquement et surtout exécuter ce pour quoi on perçoit un maigre salaire.

Ah, ces congés ! Ils sont bénis par tous et encore plus regrettés dans le silence de la feuille froissée nerveusement qu'on jette tout aussitôt à la corbeille. Si le panier est réussi, l'acidité de l'humeur en est moindre. Encore un pied de nez, un de plus. Maigre revanche, mais revanche tout de même.

Qui ne rêve pas d'aller ailleurs, de faire autre chose ? Qui n'a jamais rêvé de dominer à son tour et de prendre une sacrée revanche ? Les congés, c'est sacré et plus on en prend, mieux on se sent supérieur. Là au moins, pas de propos mesquin, pas d'ordres cinglants, pas de brimades. Du repos, les doigts de pied en éventail, sous un parasol et même devant son fourneau. Pas d'horaires à respecter, pas de pile à descendre à toute vitesse, pas de classement à refaire, rien à archiver. Les seules archives des congéistes administratifs sont ces souvenirs chéris longtemps, dont on ne parle jamais, sinon à ceux qui sont proches "tu te rappelles quand le petit est tombé de sa chaise ? ", "rappelle-toi, quand ta mère a débarqué dans notre chambre sans frapper", et blablabla…. Moments de béatitude parfaite, moments volés au travail. Alors, vous pensez bien, quand on peut profiter de rallonge, on ne se gêne pas.

 -o-

Les couloirs sont déserts. Rares sont les étudiants qui les longent pour un supposé cours. Quelle idée de maintenir des cours quand un grand week-end ferait tant de bien à tout le monde ? Au moins, le petit peuple administratif prend des congés. Et tant pis pour ceux qui sont de corvée pendant qu'ils font autre chose. Le silence est délicieux, quand on est isolé dans un long hall, sans talons bruyants heurtant le sol, sans voix qui traversent les cloisons, sans remue-ménage ni chahut. Le pied. Voilà ce qu'il faut faire : venir travailler tandis que les autres s'enfuient à toute vitesse. Ca fait bien d'être là. On se fait remarquer, les chefs apprécient (mais ne font rien quand même pour l'esclave rivé à son bureau). Tandis que la grande majorité va vers d'autres horizons, profiter des congés, certains préfèrent s'abstenir de faire comme eux. Mais plus tard, quand tous seront rentrés la moue grimaçante au coin du visage, eux ils pourront enfin se permettre de voyager au loin. Loin des conversations, loin des collègues, loin de la hiérarchie. Ils profiteront alors d'un autre silence, le leur, unique parce que différent. Un silence bien mérité qu'ils goûteront avec malice, mais sans regret pour les autres qui seront à leur tour revenus fatigués et pas plus heureux de ces longs congés du mois de mai.

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