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29 août 2008 5 29 /08 /août /2008 15:02

Qu’ont-ils donc tous ces gamins qui sortent le soir, s’enivrent et gueulent sous les fenêtres ? Quelle époque, mon dieu, quelle époque !

Il est interdit de vendre de l’alcool à des mineurs. Pourtant rien que des gamins ressortent les bras chargés de bouteilles de bière. La queue devant ce tout petit magasin est impressionnante. Et toute la nuit, ça défile, les uns sortant du restaurant ouvert toute la nuit, les autres trinquant à peine sur le trottoir.

 Les lendemains de fête, la rue est transformée en vaste dépotoir. Des tessons de partout, du dégueulis d’après boire, des bouts de sandwich… Une poubelle, la rue est devenue une poubelle géante en même temps qu’un urinoir. Répugnant ! Quelle époque, mon dieu, quelle époque ! Comme si le désespoir avait envahi tous les esprits, comme si, en restant au chaud chez soi, on avait peur de s’ennuyer, comme si les mœurs s’étaient définitivement délitées !

Autrefois les mœurs étaient encore civiles, où le respect des autres existait encore, où la nuit était paisible, même pendant les vacances d’été. Et puis la mode du parisianisme, les médias, tout s’était imbriqué pour faire croire au peuple, à la France d’en bas, qu’il n’y avait que la fête et que sans elle, on ne pouvait être heureux. Que disaient les latins ? Ah oui : que demande le peuple ? Le peuple a besoin d’oublier et on lui offre  du pain et des jeux ! Donc, ce n’est pas d’aujourd’hui qu’on abrutit le peuple. Et on l’abrutit pour mieux le museler. On lui fait croire qu’il s’amuse et que seul l’amusement peut le rendre heureux. Pendant qu’il s’amuse, boit et saoule les autres avec ses rires et ses grossièretés, la vie continue à se dégrader. Il n’y a plus de frein, plus de morale. Plus rien que de la vulgarité car tout semble tellement plus facile quand on s’amuse. C’est le trou béant de l’ignorance et des œillères. C’est tellement plus facile de ne rien voir, de ne rien entendre. On se bande les yeux et on se bouche les oreilles. Ce ne sont plus des œillères qui empêchent le cheval de voir sur les côtés, c’est une visière rabattue sur ses yeux. L’homme n’est pas un cheval, mais il est encore plus bridé que lui. Il traîne son fardeau, il est dans les brancards sans pouvoir ruer. On lui offre de quoi se divertir et cela lui suffit. Qu’il croit ! Quand se réveillera-t-il ? Sans doute jamais puisque tout fout le camp. Les richards jouent en bourse, les pauvres s’amusent. La pauvreté, ce sont ces manières débordantes dans les plaisirs factices, ce goût pour la facilité, pour l’oubli de sa misère. Au placard les soucis, le manque d’argent, la vie de plus en plus chère, les SDF qui meurent dans la rue pendant que d’autres s’empiffrent. Le chômage, les traîne-misère, les entreprises qui se délocalisent à l’est, une société en mal d’être, les politiciens tous plus véreux que les autres sous leurs airs débonnaires qui expectorent des propos lénifiants, qui trompent leur monde, font croire que le pouvoir d’achat ne se porte pas si mal que cela.  La société est malade d’elle-même. Elle se meurt dans la facilité, dans la débauche, dans la violence. C’est bien cela le problème, la violence. Tout est devenu violence : les banlieues qui flambent, la jeunesse qui désespère et ne discerne que le spectre du chômage, les voisins qui se haïssent, les collègues qui se détestent, les ragots sur les autres, les médias qui en rajoutent une couche et transforment le monde en un cloaque géant. Pas étonnant qu’il y ait autant de bruit ! Bruit des voix, bruit des moteurs, bruits des canons. Tout est confondu. On ne s’y reconnaît plus. C’est la guerre. La guerre ailleurs, mais également ici, plus vicieuse, plus insidieuse. Bruit des médias qui tonitruent sur les ondes, qui étalent avec sadisme les problèmes d’une jeunesse désemparée, d’une jeunesse qui ne croit à rien. A quoi croire d’ailleurs, puisque tout va mal et que tout empire ? Du bruit, du bruit, du bruit !

Du bruit tout le temps, partout. Une vie nocturne par force, pas par choix. Quand on rit à plusieurs, on a l’illusion de s’amuser. Quand on bringue entre potes, c’est tout pareil. Un leurre, rien que ça. Qui ne se ferait pas croire qu’il est heureux ? Et quand on est heureux, on a l’impudeur de le montrer. Parce qu’il n’y a que des apparences et que tout est incitation au plaisir. Mais un plaisir factice. Alors on devient heureux, et donc bruyant. Les autres n’existent surtout pas puisqu’il suffit d’être heureux. Que sont les autres sinon un miroir qu’on voile pour ne pas être dérangés ? Et les bruits montent à la tête, frappent contre les murs du cerveau comme ils résonnent la nuit dans les rues endormies.

Il est 7h du matin. C’est samedi. La rue a retrouvé la paix. Les éboueurs sont passés depuis longtemps, entrechoquant les poubelles, heurtant trottoirs et portes, sans souci des endormis.

 

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19 août 2008 2 19 /08 /août /2008 14:43

Enfin !

Eh oui, sans préambule, sans transition, sans toute cette politesse maladive dont s'entourent les relations sociales de peur de froisser la susceptibilité maladive des humains, je le dis : Enfin ! La situation est débloquée, je travaille, et mon esprit est à nouveau enchaîné à ce labeur qui, du moins je l'espère, portera ses fruits.

Bonjour, madame ma mère. Cela faisait quelques temps que cette phrase, pourtant anodine, n'était revenue dans mes mails répétés à votre auguste personne. Je le dis donc, afin de rattraper cette erreur qui, si elle n'était pas fatale à cette enveloppe que je traîne de jour en jour, l'était tout du moins à l'état de ma conscience. Quelle conscience dites-vous ? En effet, ce mot convient assez peu à la voie tenue qui tente - je dis bien tente - de me ramener (ou de me mener tout court ?) dans ce que la populace, et nos chers hommes politiques - hommes politiques est un propos machiste en soi, mais qui est resté d'usage dans notre langue, preuve que l'égalité homme-femme est une vaste mascarade qui sert à apaiser la population - veulent nous montrer comme étant le droit chemin. Consommer. S'abrutir. Se laisser diriger par des fous ou, dans le meilleur des cas, par des escrocs. Je l'admets, certains sortent du lot, mais admettez que nabot premier, comme je me plais tant à l'appeler, cumule à la folie l'incompétence et la dangerosité d'une personne sachant influencer suffisamment son discours pour captiver les foules, ce qui me rappelle fâcheusement un certain moustachu.

Loin de ces propos séditieux, j'aimerais amener votre regard sur le fait que, quoi que l'on en dise, l'humour n'a aucun besoin d'être gras, comme il plaît tant aux français. Bien que celui-ci puisse avoir grâce quelques secondes à mes yeux et décrocher un sourire, il s’agit plus souvent de politesse hypocrite de ma part que d'un réel amusement, si ce n'est aux dépens du comique, ou plutôt pseudo-comique, car le comique dans le sens strict du terme demande une certaine recherche, chose dont le comique gras me semble malheureusement dépourvu. A celui-ci, je préfère l'humour - mais je suppose que vous l'aviez remarqué, tant votre perspicacité est grande - noir. En effet, l'humour noir nécessite cette capacité à marcher sur la ligne entre l'humour et le sordide, sans jamais tomber d'un coté ou de l'autre. Il y a là une recherche, inexistante dans l'humour gras, sur les sujets à aborder, les non-dits et les sous- entendus. Ainsi, ce frôlement de l'interdit, de ce qui ne doit pas être dit, permet de donner à l'humour une dimension bien plus cérébrale qui me convient mieux.

Sur ce, mes respects.

Votre fils

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Bonjour mon fils,

Votre missive mérite réponse.

Je constate que le mot "Enfin" est de mise : je vous sens soulagé d'enfin avoir du travail digne de vous. Il va de soi que ce job auquel vous vous consacrez cinq jours sur 7, à raison de 35 heures hebdomadaires, requiert de l'attention tant de votre part que de celle de vos employeurs. En effet, sans matière première vous ne sauriez aboutir au résultat attendu. La patience, mon fils, la patience, je vous le disais bien.

Je note que vos divagations sur la nature humaine sont toujours aussi sarcastiques et que vous ne ménagez ni le vocable ni le phrasé pour assassiner incontinent tout ce qui passe à portée de votre esprit critique.

Mais cette tournure d'esprit est contrebalancée par votre humour que vous qualifiez, à raison, de noir. Je ne vous imaginerais pas autrement que vous l'êtes, ce serait faire injure à vos sombres ratiocinations  Votre vision rejoint quelque peu celle de certains individus qui se font fort de secouer le joug de la pensée unique et éreintent volontiers les hommes politiques, quel que soit le moment que nous vivons. Autrefois, on les appelait des chansonniers (votre grand-père y avait goût car il aimait rire), aujourd'hui, on dit humoristes. Pourtant, l'humour, le leur, est grinçant et fort critique. En cela vous les rejoignez sans effort tant votre perception du monde est pessimiste.
 
Vous persévérez et c'est tant mieux car vous êtes dans le vrai. Hélas, vous devez vous sentir bien isolé au milieu de la foule des imbéciles qui ne songent qu'à se divertir afin d'oublier leur misère. Il en faudrait davantage des comme vous pour espérer voir se lever le brouillard de nos vies étriquées. Mais ce n'est pas demain que les matins seront clairs et retentiront de chants joyeux.

Certes, vous avez raison, mais consacrez donc le restant de votre journée à avancer votre travail. Il vous faut donner satisfaction à celui qui vous a accepté dans son entreprise.

Dites-moi, mon cher fils, ce matin j'ai tenté de vous faire parvenir un message mais il m'est revenu. Pourtant c'était de Gmail à Gmail. Incompréhensible donc. mais fi de tout cela, je vous souhaite une fin de règne en votre bureau, penché sur votre PC, les méninges turbinant à toute puissance pour revenir soulagé en notre demeure et goûter l'excellent repas que je vous aurai concocté en vous attendant.

Votre mère

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18 août 2008 1 18 /08 /août /2008 15:54
De nouveau, me voilà dans l'expectative, attendant patiemment qu'une instance supérieure daigne s'intéresser à mon sort, que quelqu'un, quelque chose même, veuille bien me permettre d'avancer. C'est en effet un souci, de savoir pertinemment que même si l'on veut avancer - que ce soit dans son travail, sa vie ou n'importe où - nous dépendrons toujours de quelqu'un. Cette société est assistée, menée par la main, de la naissance à la tombe. On vous fait croire que l'on vous aide, que l'on vous fait progresser, alors que ce processus lénifiant n'a pour but que de vous formater à tout accepter, attendant simplement que l'on vienne vous pousser un peu plus loin.

Tout cela pour dire que, bien que je sois arrivé tôt, je ne peux rien faire tant qu'une personne qui ait les droits n'est pas arrivée. Cette dépendance involontaire ne me plaît pas, mais je n'y peux rien, notre société est construite ainsi, ceux qui ont le pouvoir par l'information le gardent jalousement. Question de sécurité me dit-on. Au diable la sécurité - et non pas l'avarice, comme dirait l'autre - et cette paranoïa maladive qui caractérise la France, et tant d'autres pays comme elle. Bien que je sache qu'il ne s'agit, dans ce cas précis, point de paranoïa mais de manque de temps, l'ennui que j'éprouve n'en est pas moins grand, et cela ne me console qu'à grand peine

Je suis en train de lire un questionnaire que l'on me demande de mettre en place pour une étude sur le diabète. Il me semble n'avoir jamais vu un ramassis plus inepte de questions dont le but - mal dissimulé qui plus est - est d'obtenir plusieurs fois la réponse à une question posée de différentes manières afin d'être sûr de sa véracité. Finalement, la confiance ne doit être qu'un concept.

Enfin, je cesse là ces divagations.

Votre fils

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Cher fils,

 

Je vois que votre optimisme inné tend à vous faire découvrir les grandeurs de la société humaine

 

Que le reste de votre journée soit plus actif, tel est mon souhait.


Votre mère

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18 août 2008 1 18 /08 /août /2008 15:44

Et pourtant.

Me voilà encore devant l'écran de gmail, l'esprit vide et la plume - ou du moins ce morceau de polymère qui la remplace, si ce n'est habilement, plutôt bien - à la main, ou plutôt sous les mains dans ce cas. Il semblerait que le monde, en sa personnification de la boîte où je travaille, ait décidé que l'attente devait meubler ma matinée, si ce n'est ma journée.

Courage, fuyons, l'esprit lui, ne peut être enchaîné ... ou le peut-il ? Il n'y a qu'à voir l'effet lénifiant des médias sur votre progéniture pour comprendre que même l'esprit peut être enchaîné, mis à mal dans sa liberté pourtant inscrite au plus profond de notre système social, par l'usage abusif que font les médias de ces programmes avilissants que sont les séries, émissions et autres délires popstariens - néologisme atroce s'il en est, mais je ne trouve rien de mieux que ce mot qui n'en est pas un pour qualifier cette horreur qu'est notre usine à fausses célébrités, machine à rêves affligeants et dangereux, illusion d'une possible échappatoire au quotidien ennuyeux qui tente de remplacer celle dont nous a doté la nature - l'imagination – qui finissent par transformer en ruminant l'esprit le plus éclairé.

Que dites-vous ? Hypocrisie ? En effet, il m'arrive de regarder certains des programmes que je critique plus haut. Je mentirais si j'affirmais, tel le scientifique, que je ne me prête à cela que pour tenter de comprendre pourquoi l'on peut se passionner ainsi pour le destin d'étrangers sans réel talent érigés comme des étoiles pour faire oublier à une population les réalités, enjeux et combats. Ceux-ci mêmes que les politiques aiment à tourner à leur avantage, alors que tout esprit un tant soit peu éclairé - chose rare grâce (ou à cause de ? tout dépend du point de vue) aux émissions suscitées - voit clair, et comprend qu'il ne se soucient pas le moins du monde d'autre chose que de l'approbation de cette masse de veaux ruminants qui compose la population qu'elles pourraient leur apporter. Le problème de l'immigration ? Des logements ? La délinquance ? Autant de sujets dont ils nous assurent qu'ils les préoccupent au plus haut point, mais qu'ils visualisent comme des gains de statistiques de votes, avant même de penser - et encore, uniquement pour les plus intègres - à la possibilité qu'il puisse y avoir un coté humain, une réalité.

J'emprunterai finalement une expression à ce philosophe contemporain de mes amis, Pierre B. :
"Profitons de la pluie avant qu'elle ne soit trop corrosive !"  Et j'ajouterai : comme ma plume.

Votre fils,

PS : Cela ne m'était pas arrivé depuis longtemps, mais HAIL TO THE BIG TEXT
BLOCK !

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Cher fils, 

Je constate une fois de plus que votre optimisme naturel prend le dessus sur tout autre considération philosophico-philosophique. Vous ne changerez donc jamais et regarderez la société à laquelle vous 
appartenez malgré vous d'un oeil toujours aussi critique. Certes, c'est une juste vue des choses, mais croyez-vous qu'à vilipender ainsi votre entourage et ses fonctionnalités bassement humaines vouschangerez quelque chose à ce monde bien peu ragoûtant ?

Oui, mon très cher fils, la déliquescence est de mise et notre société finissante s'en contente, préférant l'abrutissement à la réflexion. Pourquoi les pauvres hères dont la société est majoritairement composée ne se délecteraient-ils pas de ces œuvres de peu d'importance puisqu'elles leur permettent d'oublier le vide sidéral de leur existence et de la monotonie des jours qui passent ? Il faut bien se réjouir de quelque chose et comme le dit si bien le proverbe "Faute de grive, on mange du merle". Voilà toute l'explication de ce transformisme zombiaque qu'essuie la population.

Très cher fils, songez donc à plus joyeux et mirez vos  yeux dans les eaux profondes de votre intelligence sans égale. C'est là le seul conseil que je me sens en droit de vous octroyer car, certes, si l'inaction vous pèse, elle n'en est pas moins une part de vous et vous autorise à converser avec votre génitrice via l'internet. N'est-ce pas là un miracle adorable et qui justifie votre oisiveté présente ?

Passez, ô mon doux fils, les heures à venir à vous réjouir d'être à même d'établir des échanges avec votre mère car c'est un cadeau royal qui vous est fait malgré vous.

A ce soir donc !

Votre mère à laquelle il tarde de vous retrouver

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18 août 2008 1 18 /08 /août /2008 15:41

Madame ma mère,

 

L'échec d'une vie, le commencement de la fin, que dis-je, la fin elle même ! Je me suis levé quelques minutes en retard, et n'ai pu profiter de votre royale présence ce matin. Je ferais acte de contrition, soyez en assurée ! Loin de moi l'idée de vouloir m'étendre sur le sujet, tant je sais qu'il est sensible, mais voilà une faute impardonnable de ma part.

 

Mis à part cela, et le fait que je bute sur une erreur pour le moins handicapante, que je devrais être capable de résoudre, si nécessaire à l'aide de l'administrateur de réseau, tout va pour le mieux. Que dire si ce n'est que les rues de Lyon ne m'ont jamais paru aussi belles que vidées de la populace qui les hante la journée ? A neuf heures du matin, elles le sont presque, ce qui rend leur parcours nettement moins pénible. Je me sens libre, sans l'oppression des ignorants et des ahuris, des autres, tout simplement. Les côtoyer, le simple fait de les croiser me donne des frissons, comme si je me mêlais, sans le vouloir, à un groupe opposé, ennemi presque. Mis à part ceux auxquels j'accorde l'honneur de les considérer comme mes amis, je supporte mal, misanthrope comme vous me le faisiez remarquer, la présence des autres. N'y voyons pas de l'agoraphobie, ce ne sont ni les espaces ouverts ni la foule en elle même qui me répugne, mais bien ceux qui la composent, son essence même.

 

Mais revenons à, comme se plaît à le dire la populace, nos moutons. Non que je n'en possède, les animaux en général (les chats étant une exception) me font hérisser le poil, vous le savez bien. Comme hier, je rechigne tant et plus à souhaiter, encore et encore, le bon jour. Je m'insurge, je proteste, mais rien n'y fait. Cette foule d'ignorants qui composent, qui parasitent devrais-je dire, notre ville persiste (ou persifle) et saigne à étaler ses bons sentiments écœurants tant ils sont artificiels, fabriqués, automatiques à un point qu'ils tiennent plus du réflexe nerveux que de la pensée. Je me suis demandé, ne serait-ce qu'un instant, quelle serait leur réaction si je leur révélais, sous leur yeux ignares et malgré leur imbécillité crasse, le fond, les tréfonds même de ma pensée tortueuse, si peu adaptée à ce siècle qui s'enorgueillit de la "modernité". Un bien grand mot, qui loin de rimer avec progrès, tente de cacher, sans grand succès il est vrai, une lente chute, une fin proche. Tel l'empire romain d'Occident à son époque, notre décadence qui n'en finit plus, à défaut de surprendre par son existence, le fait par la longévité de son agonie. C'est ainsi que naissent et meurent les empires, du moins me semble-t-il, mais apparemment, celui dans lequel nous vivons, plutôt que de vouloir en faire partie, semble prendre son temps pour disparaître, rechignant à laisser la place à un nouveau, plus jeune, à qui il resterait l'illusion de l'intégrité. Ou alors avons-nous déjà changé ? La fin du règne de la dynastie Enarque montre-t-elle un changement d'époque qui, sans changer la société, lui a redonné, pour quelques mois, l'apparence de la nouveauté ? Pour quelques mois oui, car le voile n'a pas tardé à brûler, et sous cette croûte, ne reste que l'ancien, réadapté, repiqué. Ce nabot, bien que doué pour les discours, a vite montré l'étendue réduite de ses capacités. Au-delà du podium, au-delà des micros, il ne reste pas grand chose pour rehausser cette silhouette courte sur pattes, dont la barbe, si il se la laissait pousser, se prendrait dans les échasses qui lui permettent de planer au-dessus de la masse, bien installé, et pour encore quatre longues années ! Je revois la première de couverture de Marianne, ce journal qui, s'il ne trouve pas la plupart du temps grâce à mes yeux, a au moins eu le mérite de dire la vérité, et de m'arracher un sourire : "Putain, 4 ans !". Que dire de plus ? Prendre notre mal en patience, et regretter la perte du précédent qui, si il s'occupe au conseil d'état, avait au moins le mérite de savoir se comporter en public.

 

Encore une fois, comme le même ami, encore une personne que j'honore de ce titre, me l'a dit tout haut : "Hail to the Big Text Block !". N'ayons pas peur des mots, nous devrions réserver ce sentiment à ce qui nous attend sous le règne de nabot premier, les pavés, surtout satyriques et cyniques tel que celui-ci, me font un plaisir fou à écrire. Comme vous le disiez, j'ai hérité, et j'en éprouve une grande fierté, de votre aptitude à jouir des mots.

 

Sur ce, et à regrets de vous laisser,

Votre fils,

 

 PS : HAIL TO THE BIG TEXT BLOCK !! (bis ... repetita ...)

 

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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 18:56

Je ne suis pas une vache à traire.

 

Je m’énerve. Il y a de quoi. Voilà six mois que je n’ai plus de connexion et ce n’est pas la peine que je m’escrime : mon fournisseur d’accès s’en fiche. Je résilie mon contrat car il ne respecte pas ses obligations de résultat. Le courrier est prêt, il suffit que je le poste en recommandé. Ca va chauffer. Je sens qu’il va me poursuivre, mais zut, puisqu’il est incapable de pourvoir à ma demande répétée d’un changement de modem, tant pis pour lui !

Je m’énerve. J’aurais dû le faire plus rapidement. Je ne suis pas naïve, mais seulement compréhensive : je ne suis pas la seule cliente et il est normal qu’il y ait du retard. Pas six mois tout de même.

Que dire de l’insolence des soi-disant techniciens que j’ai au bout du fil (quand j’y parviens, évidemment) qui me trimbalent, me promettent une livraison sous 8 jours…. Déplacés sans doute parce que payés avec un lance-pierre (la mode est à la délocalisation et à l’étranger, c’est connu, la main d’œuvre est moins chère qu’en France). Ils ont dû apprendre par cœur les questions et les réponses car ils débitent tout sur un ton monocorde comme une leçon sur le bout des doigts, ponctuation en moins. Sans état d’âme. Les ordres sont stricts : ils ne savent rien et doivent mentir, affirmer que le modem est en cours de traitement, donnent l’adresse où courir récupérer le précieux engin qui me reconnectera au reste du monde.

Je m’énerve. Pour rien. Je suis devenue lente,  au milieu des problèmes à juguler au quotidien. Je me berne toute seule, avec une naïveté qui frise le ridicule. Ils ont bien raison de m’ignorer puisque je ne les relance pas souvent. A quoi bon ? Les frais qu’ils empochent, ils les glanent sans complexe puisque les clients sont des pigeons à plumer. Tant qu’ils ne disent rien… tant qu’ils n’engagent pas de procédure….

Je m’énerve et je me fâche. Cette fois, ma décision est prise. J’ai trop tardé ? Oui et non. Je leur laissais le bénéfice du doute. Mais à force d’entendre toujours le même discours bien rôdé, à force de constater le silence radio au long des semaines, l’absence de SMS sur le portable ou de message dans ma messagerie, mon contentieux augmente et la colère se fait jour. Je ne supporte plus cette incurie, ce manque d’honnêteté, cet affront perpétuel qui est de me considérer comme une crétine qu’on plume chaque mois. Je me fâche, mais j’hésite encore. Il faut expédier cette lettre, en faire copie pour Que Choisir et le tribunal. Il faut alerter qui de droit et exiger des intérêts pour contrat rompu unilatéralement. Je demande réparation, non plus du modem mais du stress généré par ce problème, pour les tracas induits sur les études de mes enfants, pour le concours et la parution qui n’a pas eu lieu, pour la dotation qu’il a fallu utiliser autrement pour ne pas en perdre le bénéfice…. Pour une foule de choses indescriptibles qui m’empoisonnent le quotidien et me font hurler en silence. Je suis fatiguée d’être grugée, manipulée, spoliée. J’en ai assez, ma patience est à bout, je craque.

Je suis une vache à traire : c’est dit. Je suis très fâchée.. Plus question de me laisser traire tous les mois. Je ne suis pas une banque.

Je suis une vache à traire : tout augmente, sauf mon salaire. Ras le bol de ces excès, de ces factures qui échouent sur mon compte qui est tout aussitôt débité. Je ne suis pas riche mais je le deviens peu à peu. Tout est grignoté et plus tard, quand la retraite aura sonné son glas fatidique, je serai à la remorque. Une sacrée calotte à mon indépendance.

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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 18:45

 

La sonnerie perce le silence de l’appartement. Je me précipite : inutile que mon grand fils soit réveillé.


Qui peut bien appeler à cette heure ?

 

- Allo ? Allo ?

- Bonjour, Je suis bien chez mr et mme X ?

- Oui

- Madame, avez-vous une mutuelle ?

- Oui, comme toute personne bien constituée.

- Pardon, je…

- Je suis sur liste rouge, Monsieur.

- Ah, donc vous n’acceptez aucun démarchage par téléphone ?

- C’est exactement cela.

- Au revoir Madame.

- Au revoir Monsieur.

Je raccroche horripilée. Voilà plus d’un an que je suis sur liste rouge et que ces appels incongrus continuent. Vive les mises à jour !

Je ne suis pas une marchandise, merde. Gonflé tout de même ces ventes de fichiers sans qu’on en soit averti. Mais qu’attend-on pour dénoncer cette marchandisation des individus ?

Ras le bol !

Faut-il supprimer cette ligne pour avoir enfin la paix ?  La rage me prend et je vais débrancher le téléphone. Zut ! J’ai deux postes et si je me déconnecte, plus personne ne pourra me joindre. Que faire ? je ronchonne, proteste, éprouve l’envie d’envoyer par la fenêtre non seulement les deux téléphones, mais aussi d’attraper par le col le premier qui osera encore venir me déranger pour me vendre quelque chose alors que je ne veux que la paix. Je me sens des envies de meurtre ; je suis en colère, de ces colères qui s’attisent d’elles-mêmes et qui enflent jusqu’à l’éclatement sauvage.

Décidément, cette société ne recule devant rien pour faire du fric, pour plumer les pigeons autrement dit 99% de la population. On nous prend vraiment pour des couillons sans cervelle. Quelle impudence ! Que de morgue dans ce mépris des autres !

Est-ce que par hasard je pourrais démarcher l’Elysée ? Pourrais-je déranger le président ou un ministre ? Certainement pas ! Mais quel dommage ! Ces gens-là, ils vivent dans l’anonymat téléphonique le plus total et ils se moquent bien qu’on soit perpétuellement la proie des démarcheurs. D’ailleurs, s’ils autorisent de telles actions, c’est bien parce qu’ils en sont protégés. Dignité et privilège du statut. Crotte, ils m’emmerdent tous. Je voudrais avoir une bombe et tout faire sauter.

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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 12:33

On sent le désespoir de toute une administration frustrée et claquemurée dans ses déboires quand elle est absente. C'est le mois de mai, le plus férié de tous, le grand moment des premiers exodes. Pour les chanceux ayant pignon à la campagne, c'est bien le moment de cumuler les jours qui restent avec ceux des jours heureusement fériés. Un 1er mai qui tombe un jeudi et hop, on ne revient que le lundi. Un 8 mai qui tombe aussi un jeudi, alors là, c'est royal : le 12, un lundi, ce fameux lundi de Pentecôte, est redevenu férié également. La journée de solidarité aura lieu à un autre moment (peut-être tombera-t-elle aux oubliettes… qui sait ?). Les administratifs se sentent tellement coincés dans leur conformisme et méprisés qu'ils profitent de la moindre occasion pour échapper à la lourdeur de leur condition. Les murs sont tout d'un coup bien silencieux, les bureaux ne résonnent pas des conversations, les lampes sont toutes éteintes. Rien ne filtre derrière les cloisons.

Les plus malins auront su cumuler tous les ponts pour faire un très grand viaduc, un Garabit impressionnant. Comme on les comprend. Frustrations, brimades, conformisme, carrières ras le gazon, méconnaissance de leur investissement ont bien besoin de prendre un peu l'air. Et c'est un pied de nez géant qu'ils font à l'administration. Ils sont hilares des tours que joue le calendrier. Un calendrier qui, pour une fois, leur est favorable. Et tant pis pour le boulot. Ca attendra. Il sera bien temps mardi de tourner la clé dans la serrure, pousser la porte avec un soupir (on était si bien ailleurs !), ouvrir les tiroirs du bureau, les portes de l'armoire, sortir les dossiers et surtout les consulter.

 L'administration prend son pied en prenant de longs congés. C'est une vengeance délicieuse, qui se déguste à pleine bouche, sans délicatesse, presqu'avec la rage d'être libre plus longtemps que nécessaire. Pas question de perdre une miette de cette escapade prolongée. On la regrettera dès le mardi quand il faudra se lever tôt, courir après le train ou le métro, se prendre par la main pour rejoindre son poste, retrouver la mine déconfite des collègues avec lesquels on ne s'entend que de façade. La routine du quotidien reprendra vite tournure, au grand dam de la valetaille administrative qui préfère se la couler douce ailleurs mais qui subit, année après année, le joug de la tâche. Eh oui, ce sont des tâcherons, de simples tâcherons qu'on exploite quel que soit le niveau des compétences. Quant aux compétences, on est bien content qu'ils en soient bardés, mais pas question d'un merci ni d'une promotion. Plus les salaires sont bas, mieux la hiérarchie se conforte dans sa position dominante. Elle joue d'ailleurs volontiers du fouet que sa position lui octroie généreusement. Une petite réflexion par ci, une autre par là : "Vous êtes en retard de 3 minutes", "Vous n'avez pas encore terminé ? Mais que faites-vous donc ?", "Je vous ai cherché tout à l'heure, où étiez-vous donc ?". Pas le droit de pisser peut-être ? rétorque silencieusement le tâcheron qui se fait apostropher sans aménité. Esclave, voilà ce qu'il est et rien d'autre. Et le droit à la parole, pas question. Obéir, toujours obéir sans broncher, faire les 36 volontés du supérieur hiérarchique, courber l'échine, se voûter à l'extrême, plier systématiquement et surtout exécuter ce pour quoi on perçoit un maigre salaire.

Ah, ces congés ! Ils sont bénis par tous et encore plus regrettés dans le silence de la feuille froissée nerveusement qu'on jette tout aussitôt à la corbeille. Si le panier est réussi, l'acidité de l'humeur en est moindre. Encore un pied de nez, un de plus. Maigre revanche, mais revanche tout de même.

Qui ne rêve pas d'aller ailleurs, de faire autre chose ? Qui n'a jamais rêvé de dominer à son tour et de prendre une sacrée revanche ? Les congés, c'est sacré et plus on en prend, mieux on se sent supérieur. Là au moins, pas de propos mesquin, pas d'ordres cinglants, pas de brimades. Du repos, les doigts de pied en éventail, sous un parasol et même devant son fourneau. Pas d'horaires à respecter, pas de pile à descendre à toute vitesse, pas de classement à refaire, rien à archiver. Les seules archives des congéistes administratifs sont ces souvenirs chéris longtemps, dont on ne parle jamais, sinon à ceux qui sont proches "tu te rappelles quand le petit est tombé de sa chaise ? ", "rappelle-toi, quand ta mère a débarqué dans notre chambre sans frapper", et blablabla…. Moments de béatitude parfaite, moments volés au travail. Alors, vous pensez bien, quand on peut profiter de rallonge, on ne se gêne pas.

 -o-

Les couloirs sont déserts. Rares sont les étudiants qui les longent pour un supposé cours. Quelle idée de maintenir des cours quand un grand week-end ferait tant de bien à tout le monde ? Au moins, le petit peuple administratif prend des congés. Et tant pis pour ceux qui sont de corvée pendant qu'ils font autre chose. Le silence est délicieux, quand on est isolé dans un long hall, sans talons bruyants heurtant le sol, sans voix qui traversent les cloisons, sans remue-ménage ni chahut. Le pied. Voilà ce qu'il faut faire : venir travailler tandis que les autres s'enfuient à toute vitesse. Ca fait bien d'être là. On se fait remarquer, les chefs apprécient (mais ne font rien quand même pour l'esclave rivé à son bureau). Tandis que la grande majorité va vers d'autres horizons, profiter des congés, certains préfèrent s'abstenir de faire comme eux. Mais plus tard, quand tous seront rentrés la moue grimaçante au coin du visage, eux ils pourront enfin se permettre de voyager au loin. Loin des conversations, loin des collègues, loin de la hiérarchie. Ils profiteront alors d'un autre silence, le leur, unique parce que différent. Un silence bien mérité qu'ils goûteront avec malice, mais sans regret pour les autres qui seront à leur tour revenus fatigués et pas plus heureux de ces longs congés du mois de mai.

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Published by fred de roux - dans adm
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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 12:31
Il y a tant à dire sur tout.
Il y a de quoi râler et pester.
Alors je râle et je peste.
A ma manière : j'écris
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Published by fred de roux - dans fourre-tout
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