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7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 13:22
Malgré le vote positif des représentants, malgré les efforts des états pour redresser la barre, la bourse connaît des remous importants. Tous les indices sont en chute libre. A cela rien d'étonnant, et même le contraire aurait été surprenant. Comment peut-on désormais faire confiance à un système qui a montré ses limites les plus extrêmes ? La méfiance est de rigueur, la suspicion également. Demain verra peut-être renaître la ruée vers les coffres qu'on videra, les comptes qu'on dégarnira, la réapparition des bas de laine sous le matelas.
Méfiance, dis-je ! A trop confier nos intérêts à d'autres alors qu'on est assez grands pour le faire nous-mêmes, voilà que nous risquons de tout perdre. Et qui croit en la promesse que les fonds seront véritablement garantis jusqu'à concurrence de 70000 euros ? Si la débâcle des banques se poursuit, le moindre sou économisé sera englouti par la marée des pertes incalculables de nos chers banquiers.
Faut-il dès à présent se prémunir du chaos en vidangeant nos comptes ? Peut-on encore espérer que le vent tournera et que la panique s'essoufflera rapidement ? Ce serait étonnant. Nous sommes dans un monde inflationniste, et pas seulement sur le seul plan financier. Tout est en démesure depuis des décennies, tout convie à consommer, à investir, à amasser. Le bon sens si français est une peau de chagrin qui se réduit à trois fois rien, tout juste un vague fantôme dont on garde un souvenir bien flou. A tout miser dans le même créneau, les investissements passés s'effondrent en même temps que le système ultra-libéral.


La reprise ne semble pas pour demain, le temps des vaches maigres se profile à l'horizon, les restrictions arrivent au galop. Normal, il faut bien un jour payer ses excès quand on a abusé largement des failles du système, s'octroyant des droits ehontés, en piétinant ceux qui n'ont et n'auront jamais rien.

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4 octobre 2008 6 04 /10 /octobre /2008 11:54
Ben oui, on est à cran. L'économie s'essouffle. La conjoncture, n'est-ce-pas, n'est pas propice aux bénéfices. Tout se ligue contre la croissance : l'augmentation des prix, le chômage qui reprend du poil de la bête, les banques en déroute (on appelle ça des banqueroutes, paraît-il), bref, c'est la panade. On s'effarouche à la moindre rumeur et la récession, ce vieux fantôme du siècle précédent, pointe son nez à l'horizon. Mais chut ! Il ne faut surtout pas le dire. Restez cois, subissez le joug de l'impondérable, ne planquez pas vos économies, on saura bien les trouver. Il faut des liquidités pour que l'économie tourne. Ouais, bien sûr, mais quand la cassette est vide, quand on râcle les fonds de tiroir, qu'on rassemble les miettes sur la table, c'est que tout va mal. Et ça va mal.

Ca va si mal que les grandes surfaces rivalisent d'astuces transparentes pour attirer le chaland. Chacune y va de son slogan avec le pouvoir d'achat. Il paraît qu'en allant là plutôt qu'ailleurs, on fait des économies tout en dépensant. Vive la communication !  Ben voyons ! Sommes-nous si nigauds qu'ils osent, ces communicateurs à grande échelle, mentir effrontément ? Apparemment oui puisque justement ils distillent à coups de mots judicieusement choisis (ceux qui sont en vogue, bien sûr ! pouvoir d'achat en tête) leur précepte préféré : je suis le meilleur, je casse les prix, tout est en promo....  Qui résiste à ces vocables galvaudés ? Quasi personne, hormis quelques réfractaires à la pub. A quand la contre-pub ? A quand un peu d'honnêteté intellectuelle ? A quand le retour à une morale minimale et non plus minimaliste ?

Tandis qu'elles entassent leurs bénéfices, les clients s'appauvrissent. Sans doute est-ce cela le vrai sens de la publicité. C'est si facile d'émettre des contre-vérités, de faire accroire qu'on peut manger pour un euro par jour (même la télé le clame haut et fort) alors que le moindre fruit ou légume flirte au-delà de ce fameux euro. Et en plus, on assène qu'avec un seul euro on peut manger équilibré. C'est du dernier cri, cette méthode. Tout le monde s'y met. Ben voyons ! Le mensonge est gratuit sauf pour le porte-monnaie. Qu'on me dise donc où ce miracle économique est praticable !

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4 octobre 2008 6 04 /10 /octobre /2008 07:57
Le nouveau plan Paulson est adopté. Doit-on dire ouf ? Est-ce que cela suffira à sauver la planète des géants de la finance ? Pas sûr !
Et en France, on reste dans sa bulle, on préfère ne pas prononcer certains mots trop évocateurs de la réalité. On est frileux et cette frilosité, c'est pour endormir les esprits déjà ravagés par la peur de tout perdre de ses économies. A quand le courage politique ?

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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 12:05
Une femme policier est assassinée en Afghanistan. Quelque chose de courant de nos jours. Sauf qu'elle était la cible d'individus qui ne supportent pas qu'une femme puisse travailler. Oui, ça existe encore au vingt-et-unième siècle, ces esprits obscurs qui décident du sort des femmes qui ne sont bonnes  qu'à vaquer à la cuisine et au ménage pour assurer le bien-être du maître de maison. Quel toupet pour une femme d'oser faire le travail d'un homme ! Quelle indécence ! C'est contraire à toute logique et à toute bienséance. Il faut donc la punir, la supprimer afin que d'autres ne suivent pas son exemple. En l'abattant, c'est une menace pour toutes les femmes qui sortent du droit chemin dicté par l'homme.

Combien de ces femmes courageuses ont été ainsi rayées de la vie, créant le vide dans leur famille, bousculant l'ordre serein des jours ? Familles brisées par la faute du fanatisme. Et quel fanatisme ! C'est si facile d'invoquer dieu -  quel que soit son nom - et de faire croire que telle est son ordonnance. La femme doit être soumise, entend-on dire. Et ce sont les hommes qui véhiculent cette idée absurde alors que le monde, s'il existe depuis plusieurs millénaires, a changé. Oui, c'est absurde et surtout la preuve que les mentalités n'ont pas évolué en même temps que les techniques. Pour certains, il faut maintenir la pression sur les femmes, les empêcher de s'ouvrir sur l'extérieur, tout simplement parce qu'il ne s'agit que d'exercer son pouvoir. Oui, ce n'est qu'une question d'emprise sur les esprits et la société. C'est avilissant et pour les hommes et pour les femmes cet exercice du pouvoir et de la mainmise. C'est une injure à la pensée humaine, une atteinte à la liberté. C'est un liberticide insupportable.

Combien faudra-t-il encore de femmes assassinées pour que l'esprit qui devrait guider les hommes se reprenne en main ?


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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 11:48
Le plan Paulson a été rejeté. Et vlan, une calotte pour celui qui croyait que la réponse, vu l'urgence de la situation et la crise qui se profile sur le plan mondial, irait dans le sens voulu. D'une certaine manière, voilà une claque méritée. D'un autre côté, quel dommage : tous dans le même bain fangeux dont personne ne sortira très propre et encore moins en forme.

Les apprentis-sorciers qui dirigent le monde et sa politique jouent du pipo, se font mousser, se croient invincibles. Regrettable, mais leur mépris de la masse doit se payer cher. Au fond, est-ce que chaque américain doit se voir coller une dette qui ne lui appartient pas ? Pourquoi sont-ce toujours les mêmes qui sont mis à contribution ? Il y a là une injustice insupportable. A peine né, et déjà endetté. Et puis quoi encore ? Sur le point de passer l'arme à gauche et criblé encore de dettes (qu'on transmet à ses descendants, bien sûr !)

C'est toujours la même chose : un petit nombre abuse de son pouvoir et la masse encaisse les catastrophes engendrées par un orgueil démesuré et un appétit sans limite. Pas de doute : ce phénomène existe depuis la nuit des temps, mais est-ce une raison suffisante pour que cela continue ? Qu'est-ce qui peut justifier cette persistance du profit ? Sans doute rien et pourtant...

La bourse joue au yoyo un jour après l'autre, un autre plan de sauvetage est à l'étude, c'est l'euphorie. Après avoir chuté, le cours des monnaies reprend du poil de la bête, les indices grimpent de manière vertigineuse. Jusqu'à quand ? Et si le plan miracle qu'on met en place, qu'on étudie, soupèse, médite et qui sera proposé avant la fin de la semaine connaissait le même sort que le premier ? Ca pend au nez de la planète plus sûrement que la fin du monde. Peut-être faut-il en arriver à une crise totale pour que les états se reprennent et redeviennent de vraies démocraties. Ce qu'il faudrait, c'est une remise en question généralisée du système ultra-libéral puisqu'il a montré ses limites et qu'il plonge tout le monde dans un marasme pire que celui de 1929.

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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 15:12
...et il y a de quoi. Nous voilà tous dans le pétrin. De quoi est fait notre avenir immédiat ? Que mangera-t-on demain ? Je pose la question car le budget est de plus en plus serré. A part les notes à payer, quand on a tout supprimé du superflu, qu'il ne reste rien à la fin du mois et qu'il faudra quand même régler les factures qui n'oublient jamais de rejoindre la boîte aux lettres, cet antre noir et anonyme mais chargé de sens, quand on commence à voir le monde et sa brutale dégringolade, on ne peut que craindre le pire.

J'en ai ras la casquette. Je suis l'esclave de la mondialisation, de l'appétit sans frein des financiers, de celui des commerçants, des revendeurs, des surfaces grandes, moyennes ou petites qui font enfler leur tiroir-caisse et dégonfler le porte-monnaie de monsieur tout le monde. Le mien, bien sûr. Me voilà bourse plate chaque fin de mois. En six mois, j'ai vu fondre ce salaire qui tournait sur toute l'année et qui permettait de parer aux imprévus. Je n'ai plus cette avance permanente qui me donnait l'impression d'un confort appréciable. J'ai toujours été précautionneuse, fait le nécessaire pour ne pas être  prise au dépourvu et régler les dépenses courantes.

C'est vrai que depuis le passage à l'euro (quelle merveilleuse invention !), si mon compte n'était jamais débiteur, je n'ai jamais plus engrangé un sou d'économie. Pourtant, je suis depuis longtemps regardante et ne néglige rien. A quoi m'aura donc servi d'être attentive sinon à rien d'autre que de me laisser grignoter peu à peu ? Il n'y a que les salaires qui n'augmentent pas. Et ce n'est pas un vague un pour cent sur l'année qui risque de m'enrichir ou de faire front aux augmentations éhontées des denrées les plus vitales.

J'adore la pub qui incite à "manger cinq fruits et légumes par jour". Quel blabla ! Si cette pub n'est pas le moteur des augmentations des aliments, je veux bien être pendue. Quoi, c'est vrai ça, depuis qu'elle est sortie de l'imagination frénétique d'un faiseur de pub, les fruits et les légumes ont pris une sacrée calotte. C'est beau l'incitation à une vie saine, mais ce serait mieux de mettre des garde-fous, d'imposer des limites à ne pas dépasser quant aux prix de l'essentiel. Et manger, c'est essentiel. Le pain par exemple. Avant l'euro, la baguette ne coûtait pas l'équivalent de 5 francs. Quant aux pommes, poires, bananes et autres, le kilo ne dépassait pas  les 5 francs non plus. La viande, je n'en parle pas, je n'en achète que rarement, le poisson, idem. On mange frugal chez moi, essentiellement des légumes. L'oignon permet de s'illusionner sur la composition du plat que tout le monde engloutit avidement avec l'impression qu'un rôti a cuit en même temps. Mon braisé carotte, par exemple, est un plat savoureux qui mériterait peut-être un petit détour chez le boucher, mais le boucher ne me voit jamais. Trop cher, même les bas morceaux. Le filet mignon de porc sur lit d'oignons et d'échalottes, terminé car le charcutier l'a augmenté deux fois en moins d'un an. Ce n'est plus 14 euros le kilo, mais presque vingt.

Avec cette escalade permanente sur les affichettes, comment une ménagère soucieuse d'équilibrer son budget, oserait-elle franchir le pas ?  Beaucoup trop cher ! Mon dieu, quel salaire faut-il gagner pour ne pas craindre l'apparition des assiettes vides ?

Mon rêve ? un jardin où je cultiverais des légumes et planterais des arbres fruitiers. Je ne l'aurai jamais. Je me contente donc de ce que j'ai. Rien, rien de rien.

Oui, ras la casquette !

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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 14:19
On y est. Il fallait s'y attendre. Après des propos officiels rassurants au sujet la crise financière américaine, les politiques commencent à ébaucher une stratégie de dénonciation de la déterioration bancaire. Oui, l'Europe est atteinte. Oui, le bain mondial inonde les marchés et menace le vieux continent.
Enfin, ils se décident à avouer que nous ne sommes pas loin de connaître la même catastrophe qu'en 1929. Aurons-nous à acheter les patates en transportant nos euros dévalués dans une brouette ? Ca nous pend au nez.
Voilà que le tout premier à rassurer se met à moraliser. Ben oui, faut ce qu'il faut. Il ne va tout de même pas rester les deux pieds dans le même sabot. Le grand dépensier qui n'a pas hésité à augmenter son salaire alors qu'en bas ça criait déjà misère se permet de se poser en censeur. Quand on a naturellement du toupet, ce toupet doit bien se servir de lui-même. Les vilains cousins d'Amérique nous menacent de récession. Nos banques sont sûres, mais le ricochet est inévitable. Donc, il faut mettre des freins à l'appétit des banques, réguler les flux et les reflux, vilipender la bourse et les boursicoteurs. Tous y vont de leur critique, accusent les banques de n'avoir jamais voulu de réglementation. Facile. Sans l'accord des états, ces mêmes banques auraient-elles procédé ainsi ? Certes non. Gonflé tout de même de s'offusquer de leur faillite et de celles en chaîne qui s'ensuivront immanquablement.

Tous dans le bain. Comme c'est confortable de ne pas être seul dans la mélasse ! Le voisin de palier frôle les murs, celui de l'immeuble d'en face également. Tous tentent d'éviter leur ombre, preuve tangible de l'intérêt qu'ils ont porté à l'argent facile. Les voilà frais avec cette gamelle, cette claque qui retentit sur leur portefeuille. Ils aimeraient sans doute qu'on les plaigne et même qu'on leur fasse la charité. Les pauvres, ils ont tout perdu ou, si ce n'est déjà fait, vont tout perdre. Hier, ils bombaient le torse, aujourd'hui, ils rentrent les fesses et demain ils iront s'enterrer loin des regards. Honte à ceux qui ont pressuré les économies des gagne-petit, boursicoté en octroyant quelques dividendes à leurs clients tandis qu'ils gonflaient leurs bénéfices sur le dos des autres. Voilà, c'est dit, tout le monde est plumé ou le sera.


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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 12:46

Vendredi 9 mai 2008.

Je pars avant 7h30. Pour une fois. Lucie dort encore, ses cours débutent à 10h. Je ferme doucement la porte de l'appartement, descends les deux étages, portant mes ordures ménagères. J'accède à la cour, me penche sur le container malodorant pour déposer sans trop de bruit mes déchets.

Je m'apprête à sortir du hall quand j'entends une clé pénétrer dans la serrure de la porte sur cour. J'attends car seul le gardien entre dans notre immeuble par cet accès. C'est bien lui dont la silhouette enrobée se dessine derrière les vitres dépolies. Je l'attends. Il avance, son balai à la main et s'engage dans le hall. Que faites-vous avec votre balai ? - Ah, je ne sais pas ce qu'il se passe, mais depuis ce matin je nettoie devant chez vous. Dégueulis, pisse, voilà ce que j'ai trouvé. Je finis de nettoyer. - Que voulez-vous que je vous dise ? Ça fait la bringue toute la nuit. Tant que les kebabs seront ouverts, nous aurons ce souci. Je le quitte sur ces mots, consciente que je ne fais rien pour arranger son humeur.

Je n'arrive pas encore sur la place que je vois tout de suite les immondices répandus sur le trottoir : sacs plastique, serviettes en papier, papiers gras, bouts de sandwich abandonnés, bouteilles de bière et surtout tessons de verre un peu partout. A certaines traces, je devine que les buveurs ont uriné sur place et que d'autres ont vomi leurs excès. Dégoûtant ! On se croirait dans un terrain vague squatté par des indélicats.

C'est comme ça, chaque lendemain de fête. Et comme tout est prétexte à faire la fête, l'armistice du 8 mai 45 n'échappe pas aux beuveries et ripailles des jours de congé forcé. La nuit trouble que je viens de passer m'avait alertée de ce lendemain au clinquant dérisoire. Je dis clinquant car les noctambules ont l'impression de s'amuser alors qu'ils ne font que se défoncer, se souler, vomir et pisser sur les places publiques, par provocation, par haine de la société. La rue appartient à tout le monde, alors pourquoi ne pas y répandre, via des détritus de toute sorte, ses peurs refoulées, ses désirs de vengeance, ses instincts animaux ? Oui, la rue appartient à tout le monde, elle est donc le dépotoir tout trouvé - et même privilégié - où la foule imbécile déverse sa rogne et se défoule. C'est là une manifestation qui n'est jamais encadrée, encore moins jugulée. Oui, manifestation réprobatrice et fort peu silencieuse. Mais voilà, pas question d'empêcher la populace de se divertir. On lui laisse le licou libre, on l'encourage à dépenser et se dépenser : si le commerce marche, c'est autant de gagné. Tant pis pour ces lendemains honteux où il faut choisir chaque pas pour ne pas se blesser, glisser, déraper. Eviter la chute à tout coût, enjamber chaque obstacle, pratiquer le gymkhana pour rester sauf. C'est la seule alternative. Heureusement, cette masse festive ne défèque pas encore sur la chaussée ou les trottoirs. Seuls les chiens oublient de se montrer polis. Alors, entre papiers abandonnés, vomis répugnants, crottes de chien, on slalome comme on peut. Quand tous les obstacles sont enfin franchis, on soupire d'aise tout en pestant intérieurement contre cette déliquescence de mœurs récurrente.

Pendant que je joue la danseuse malgré moi, j'entends sur la place le camion de propreté qui fait gicler les cadavres vers les caniveaux. La place sera propre avant le trottoir. Et pourtant, le trottoir est bien le passage obligé des piétons. Rares sont ceux qui traversent la place en diagonale de grand matin. Mais bon, c'est la stratégie mise en place. Tant pis si un individu s'affale sur le trottoir jonché de résidus peu sympathiques.

J'ai franchi victorieusement l'impasse matinale, je peux traverser la rue  sans encombre. En effet, rien ne traîne sur le macadam, pas plus que sur le trottoir. Tant mieux ! Cela m'évitera une chute possible. J'arrive à la bouche de métro, mais aujourd'hui je ne pourrai pas lire mes journaux gratuits. Encore un effet induit par la fête de la veille.


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Published by Fred de Roux - dans phénomène de société
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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 12:32


Un long frisson descend de l'atlas jusqu'au sacrum, bousculant les vertèbres une à une jusqu'au déchirement qui se propage à tout son épiderme. C'est impossible, ils n'ont pas fait ça. Encore incrédule, Justine écoute le journaliste énoncer ce fait du même ton monocorde que l'information précédente. L'événement est pourtant de taille et son importance, en ce monde bousculé par des séismes et des guerres, prend une dimension très particulière. Alors pourquoi cette apparente indifférence ? Voulue ? Inconsciente ? Pur formalisme de l'objectivité journalistique ?

L'annonce a de quoi surprendre, surtout ce jour-là. D'ailleurs, pourquoi ce choix ?

Les questions se heurtent dans la tête de Justine, atterrée par la nouvelle. Mais à quoi ont-ils donc pensé ? Qui sont-ils pour prendre une décision aussi radicale ? Et la dignité humaine dans tout cela ?

Justine détourne son regard de l'écran aux images crues. C'est trop. Elle se sent honteuse de participer involontairement à cet étalage de violence satisfaite. Que demande donc le peuple ? se demande-t-elle. Ce n'est plus la réponse des latins, ce n'est plus le "Panem et Circences" banal des années de la barbarie.

Ecœurée, désemparée, elle prend le parti d'éteindre son téléviseur. A quoi bon guetter l'information ? Tout est consommé. C'est trop tard !

Vit-elle vraiment dans un monde civilisé puisque la cruauté des dictateurs les conduit à la potence à la vue du monde ?

Toutes les questions qui l'ont taraudée pendant des années reviennent à la charge, l'obligeant à regarder bien en face ce qu'elle a évité à tout prix, préférant l'ignorance à la connaissance, se berçant de l'illusion que l'homme est sage, que le progrès ne peut que l'inciter à davantage d'humanité et de compassion.

Elle tombe de haut, du haut de ses illusions enfouies, de ses rêves anéantis par la triste réalité, de la condescendance avec laquelle elle a toisé et plus souvent ignoré les aléas du monde. Son monde soudain rétréci à un écran où courent toutes les nouvelles les plus absurdes comme les plus cruelles.

A quoi bon prendre de l'âge si ce n'est pas être toujours plus serein et sage ? se dit-elle dans un soubresaut mécanique. Forgée aux idéaux de la démocratie et du respect de la vie, elle chute dans la réalité avec une brutalité inattendue parce que le monde est à sa porte et qu'elle n'en a pas pris conscience. Pas pris conscience ou refusé d'en prendre conscience ? Justine élude la question : il y en a déjà tant et tant restées sans réponse, pourquoi se mettre martel en tête et chercher la petite bête là où elle ne se trouve surtout pas ?

Justine, une fois de plus, refoule très loin son besoin d'appréhender ce qui l'entoure malgré elle et juge bon de sortir. La porte de son appartement claque dans le silence des escaliers.

 

 


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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 12:27

Oui, ce sont des forçats. Pas besoin de partir au-delà de l’Atlantique. Il suffit de traverser un boulevard quand on a la chance d’habiter un appartement près de son travail. A 8h, ils sont déjà dans leur bureau, les couloirs qui tranchent les bâtiments en deux parties égales ne bruissent déjà plus des salutations ou des rires. Le petit monde s’est déjà attelé à la tâche et résistera jusqu’à l’heure du repas, prendra une pause d’une heure avant de se retrouver, enchaîné, devant son écran jusqu’à la fin de l’après-midi.

Des horaires en apparence tranquilles, des séjours de 4h seulement dans les bureaux par demi-journée. Que redire à cela ? Rien. Certains ont imposé quelques horaires souples et débutent leur journée en décalé, d’autres ont profité de la possibilité du temps partiel pour conserver une demi-journée ou un jour entier selon leurs besoins.

Les jours de congés sont économisés pour les coups durs, pour les démarches ici ou là. Quand on travaille, les autres également et le propre de l’administration est d’être fermée juste à l’heure où soi-même on sort du boulot. Alors, il faut bien contourner cette difficulté d’approche et consacrer les sacro-saints congés pour partir à l’abordage de l’hermétisme administratif. On s’en tire à bon compte quand une seule demi-journée suffit à débrouiller l’écheveau. La plupart du temps, il faut de la patience : on fait la queue, on a pris le soin de s’armer du ticket d’appel afin de ne pas se faire dépasser par des goujats. Il faut bien traiter les problèmes à mesure qu’ils se posent, n’est-ce-pas ? De l’entêtement, il en faut une bonne dose pour ne pas craquer devant la lenteur des préposés dont on pense invariablement qu’ils prennent leur temps, comme si les quémandeurs étaient invisibles et disponibles selon leur bon vouloir. Parlementer, s’énerver, prendre la mouche, tel est le lot de ceux qui sont acculés face à l’apparente inertie administrative.

Et pourtant, ce petit peuple est actif. Il a l’air comme ça de se moquer de tout et de flâner sans souci des réclamations possibles. Traiter un dossier, cela requiert du savoir-faire, de l’intelligence mais aussi une bonne connaissance de la machine administrative. Sans ces compétences, les dossiers ne seraient jamais trraités et encore moins archivés. Tout le monde n’a pas les mêmes droits, donc il faut bien hiérarchiser le traitement de tel ou tel, s’enquérir du bien-fondé de telle demande, vérifier si tel droit est bien ouvert ou non… Oui, ça prend du temps et beaucoup d’énergie car le petit peuple administratif est confronté à une foule de requêtes très diverses. Alors, autant prendre patience et même racine si l’on veut obtenir ce que l’on est venu chercher.

Ah, les méandres des droits…. Un vrai casse-tête sans cesse renouvelé…. Rompu à son travail, l’administratif qui a, la plupart du temps, tout appris sur le tas, commis quelques erreurs grossières pour enfin se fondre totalement dans le mécanisme de son job et après avoir suivi quelques stages de formation a posteriori de son embauche, cet administratif est enfin disponible, sait écouter d’un air absorbé, semble comprendre ce qui lui est raconté avec force détails inutiles et considérations intempestives, s’acharne à prendre des notes, saisit des documents de référence, et enfin traite le cas qui lui est soumis avec une compétence admirable. Oui, il prend son temps, c’est certain, mais à sa décharge, on exige de lui qu’il soit omniprésent, omnipotent et omniscient. Tout juste si on ne lui demande pas d’être doué du don d’ubiquité. Voilà, c’est dit, c’est un forçat. Eh oui, les galères n’existent plus à Cayenne sauf les ruines, et le travail moderne a transféré ces galères au rang d’emploi. C’est cela la modernisation : annihiler l’ancien pour renouveler avec du neuf. On ne construit plus que sur des ruines, on transfigure les restes et on édifie de nouveaux bâtiments, puissants, imposants, hermétiques.

 


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