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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 11:48
Le plan Paulson a été rejeté. Et vlan, une calotte pour celui qui croyait que la réponse, vu l'urgence de la situation et la crise qui se profile sur le plan mondial, irait dans le sens voulu. D'une certaine manière, voilà une claque méritée. D'un autre côté, quel dommage : tous dans le même bain fangeux dont personne ne sortira très propre et encore moins en forme.

Les apprentis-sorciers qui dirigent le monde et sa politique jouent du pipo, se font mousser, se croient invincibles. Regrettable, mais leur mépris de la masse doit se payer cher. Au fond, est-ce que chaque américain doit se voir coller une dette qui ne lui appartient pas ? Pourquoi sont-ce toujours les mêmes qui sont mis à contribution ? Il y a là une injustice insupportable. A peine né, et déjà endetté. Et puis quoi encore ? Sur le point de passer l'arme à gauche et criblé encore de dettes (qu'on transmet à ses descendants, bien sûr !)

C'est toujours la même chose : un petit nombre abuse de son pouvoir et la masse encaisse les catastrophes engendrées par un orgueil démesuré et un appétit sans limite. Pas de doute : ce phénomène existe depuis la nuit des temps, mais est-ce une raison suffisante pour que cela continue ? Qu'est-ce qui peut justifier cette persistance du profit ? Sans doute rien et pourtant...

La bourse joue au yoyo un jour après l'autre, un autre plan de sauvetage est à l'étude, c'est l'euphorie. Après avoir chuté, le cours des monnaies reprend du poil de la bête, les indices grimpent de manière vertigineuse. Jusqu'à quand ? Et si le plan miracle qu'on met en place, qu'on étudie, soupèse, médite et qui sera proposé avant la fin de la semaine connaissait le même sort que le premier ? Ca pend au nez de la planète plus sûrement que la fin du monde. Peut-être faut-il en arriver à une crise totale pour que les états se reprennent et redeviennent de vraies démocraties. Ce qu'il faudrait, c'est une remise en question généralisée du système ultra-libéral puisqu'il a montré ses limites et qu'il plonge tout le monde dans un marasme pire que celui de 1929.

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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 15:12
...et il y a de quoi. Nous voilà tous dans le pétrin. De quoi est fait notre avenir immédiat ? Que mangera-t-on demain ? Je pose la question car le budget est de plus en plus serré. A part les notes à payer, quand on a tout supprimé du superflu, qu'il ne reste rien à la fin du mois et qu'il faudra quand même régler les factures qui n'oublient jamais de rejoindre la boîte aux lettres, cet antre noir et anonyme mais chargé de sens, quand on commence à voir le monde et sa brutale dégringolade, on ne peut que craindre le pire.

J'en ai ras la casquette. Je suis l'esclave de la mondialisation, de l'appétit sans frein des financiers, de celui des commerçants, des revendeurs, des surfaces grandes, moyennes ou petites qui font enfler leur tiroir-caisse et dégonfler le porte-monnaie de monsieur tout le monde. Le mien, bien sûr. Me voilà bourse plate chaque fin de mois. En six mois, j'ai vu fondre ce salaire qui tournait sur toute l'année et qui permettait de parer aux imprévus. Je n'ai plus cette avance permanente qui me donnait l'impression d'un confort appréciable. J'ai toujours été précautionneuse, fait le nécessaire pour ne pas être  prise au dépourvu et régler les dépenses courantes.

C'est vrai que depuis le passage à l'euro (quelle merveilleuse invention !), si mon compte n'était jamais débiteur, je n'ai jamais plus engrangé un sou d'économie. Pourtant, je suis depuis longtemps regardante et ne néglige rien. A quoi m'aura donc servi d'être attentive sinon à rien d'autre que de me laisser grignoter peu à peu ? Il n'y a que les salaires qui n'augmentent pas. Et ce n'est pas un vague un pour cent sur l'année qui risque de m'enrichir ou de faire front aux augmentations éhontées des denrées les plus vitales.

J'adore la pub qui incite à "manger cinq fruits et légumes par jour". Quel blabla ! Si cette pub n'est pas le moteur des augmentations des aliments, je veux bien être pendue. Quoi, c'est vrai ça, depuis qu'elle est sortie de l'imagination frénétique d'un faiseur de pub, les fruits et les légumes ont pris une sacrée calotte. C'est beau l'incitation à une vie saine, mais ce serait mieux de mettre des garde-fous, d'imposer des limites à ne pas dépasser quant aux prix de l'essentiel. Et manger, c'est essentiel. Le pain par exemple. Avant l'euro, la baguette ne coûtait pas l'équivalent de 5 francs. Quant aux pommes, poires, bananes et autres, le kilo ne dépassait pas  les 5 francs non plus. La viande, je n'en parle pas, je n'en achète que rarement, le poisson, idem. On mange frugal chez moi, essentiellement des légumes. L'oignon permet de s'illusionner sur la composition du plat que tout le monde engloutit avidement avec l'impression qu'un rôti a cuit en même temps. Mon braisé carotte, par exemple, est un plat savoureux qui mériterait peut-être un petit détour chez le boucher, mais le boucher ne me voit jamais. Trop cher, même les bas morceaux. Le filet mignon de porc sur lit d'oignons et d'échalottes, terminé car le charcutier l'a augmenté deux fois en moins d'un an. Ce n'est plus 14 euros le kilo, mais presque vingt.

Avec cette escalade permanente sur les affichettes, comment une ménagère soucieuse d'équilibrer son budget, oserait-elle franchir le pas ?  Beaucoup trop cher ! Mon dieu, quel salaire faut-il gagner pour ne pas craindre l'apparition des assiettes vides ?

Mon rêve ? un jardin où je cultiverais des légumes et planterais des arbres fruitiers. Je ne l'aurai jamais. Je me contente donc de ce que j'ai. Rien, rien de rien.

Oui, ras la casquette !

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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 14:19
On y est. Il fallait s'y attendre. Après des propos officiels rassurants au sujet la crise financière américaine, les politiques commencent à ébaucher une stratégie de dénonciation de la déterioration bancaire. Oui, l'Europe est atteinte. Oui, le bain mondial inonde les marchés et menace le vieux continent.
Enfin, ils se décident à avouer que nous ne sommes pas loin de connaître la même catastrophe qu'en 1929. Aurons-nous à acheter les patates en transportant nos euros dévalués dans une brouette ? Ca nous pend au nez.
Voilà que le tout premier à rassurer se met à moraliser. Ben oui, faut ce qu'il faut. Il ne va tout de même pas rester les deux pieds dans le même sabot. Le grand dépensier qui n'a pas hésité à augmenter son salaire alors qu'en bas ça criait déjà misère se permet de se poser en censeur. Quand on a naturellement du toupet, ce toupet doit bien se servir de lui-même. Les vilains cousins d'Amérique nous menacent de récession. Nos banques sont sûres, mais le ricochet est inévitable. Donc, il faut mettre des freins à l'appétit des banques, réguler les flux et les reflux, vilipender la bourse et les boursicoteurs. Tous y vont de leur critique, accusent les banques de n'avoir jamais voulu de réglementation. Facile. Sans l'accord des états, ces mêmes banques auraient-elles procédé ainsi ? Certes non. Gonflé tout de même de s'offusquer de leur faillite et de celles en chaîne qui s'ensuivront immanquablement.

Tous dans le bain. Comme c'est confortable de ne pas être seul dans la mélasse ! Le voisin de palier frôle les murs, celui de l'immeuble d'en face également. Tous tentent d'éviter leur ombre, preuve tangible de l'intérêt qu'ils ont porté à l'argent facile. Les voilà frais avec cette gamelle, cette claque qui retentit sur leur portefeuille. Ils aimeraient sans doute qu'on les plaigne et même qu'on leur fasse la charité. Les pauvres, ils ont tout perdu ou, si ce n'est déjà fait, vont tout perdre. Hier, ils bombaient le torse, aujourd'hui, ils rentrent les fesses et demain ils iront s'enterrer loin des regards. Honte à ceux qui ont pressuré les économies des gagne-petit, boursicoté en octroyant quelques dividendes à leurs clients tandis qu'ils gonflaient leurs bénéfices sur le dos des autres. Voilà, c'est dit, tout le monde est plumé ou le sera.


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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 12:46

Vendredi 9 mai 2008.

Je pars avant 7h30. Pour une fois. Lucie dort encore, ses cours débutent à 10h. Je ferme doucement la porte de l'appartement, descends les deux étages, portant mes ordures ménagères. J'accède à la cour, me penche sur le container malodorant pour déposer sans trop de bruit mes déchets.

Je m'apprête à sortir du hall quand j'entends une clé pénétrer dans la serrure de la porte sur cour. J'attends car seul le gardien entre dans notre immeuble par cet accès. C'est bien lui dont la silhouette enrobée se dessine derrière les vitres dépolies. Je l'attends. Il avance, son balai à la main et s'engage dans le hall. Que faites-vous avec votre balai ? - Ah, je ne sais pas ce qu'il se passe, mais depuis ce matin je nettoie devant chez vous. Dégueulis, pisse, voilà ce que j'ai trouvé. Je finis de nettoyer. - Que voulez-vous que je vous dise ? Ça fait la bringue toute la nuit. Tant que les kebabs seront ouverts, nous aurons ce souci. Je le quitte sur ces mots, consciente que je ne fais rien pour arranger son humeur.

Je n'arrive pas encore sur la place que je vois tout de suite les immondices répandus sur le trottoir : sacs plastique, serviettes en papier, papiers gras, bouts de sandwich abandonnés, bouteilles de bière et surtout tessons de verre un peu partout. A certaines traces, je devine que les buveurs ont uriné sur place et que d'autres ont vomi leurs excès. Dégoûtant ! On se croirait dans un terrain vague squatté par des indélicats.

C'est comme ça, chaque lendemain de fête. Et comme tout est prétexte à faire la fête, l'armistice du 8 mai 45 n'échappe pas aux beuveries et ripailles des jours de congé forcé. La nuit trouble que je viens de passer m'avait alertée de ce lendemain au clinquant dérisoire. Je dis clinquant car les noctambules ont l'impression de s'amuser alors qu'ils ne font que se défoncer, se souler, vomir et pisser sur les places publiques, par provocation, par haine de la société. La rue appartient à tout le monde, alors pourquoi ne pas y répandre, via des détritus de toute sorte, ses peurs refoulées, ses désirs de vengeance, ses instincts animaux ? Oui, la rue appartient à tout le monde, elle est donc le dépotoir tout trouvé - et même privilégié - où la foule imbécile déverse sa rogne et se défoule. C'est là une manifestation qui n'est jamais encadrée, encore moins jugulée. Oui, manifestation réprobatrice et fort peu silencieuse. Mais voilà, pas question d'empêcher la populace de se divertir. On lui laisse le licou libre, on l'encourage à dépenser et se dépenser : si le commerce marche, c'est autant de gagné. Tant pis pour ces lendemains honteux où il faut choisir chaque pas pour ne pas se blesser, glisser, déraper. Eviter la chute à tout coût, enjamber chaque obstacle, pratiquer le gymkhana pour rester sauf. C'est la seule alternative. Heureusement, cette masse festive ne défèque pas encore sur la chaussée ou les trottoirs. Seuls les chiens oublient de se montrer polis. Alors, entre papiers abandonnés, vomis répugnants, crottes de chien, on slalome comme on peut. Quand tous les obstacles sont enfin franchis, on soupire d'aise tout en pestant intérieurement contre cette déliquescence de mœurs récurrente.

Pendant que je joue la danseuse malgré moi, j'entends sur la place le camion de propreté qui fait gicler les cadavres vers les caniveaux. La place sera propre avant le trottoir. Et pourtant, le trottoir est bien le passage obligé des piétons. Rares sont ceux qui traversent la place en diagonale de grand matin. Mais bon, c'est la stratégie mise en place. Tant pis si un individu s'affale sur le trottoir jonché de résidus peu sympathiques.

J'ai franchi victorieusement l'impasse matinale, je peux traverser la rue  sans encombre. En effet, rien ne traîne sur le macadam, pas plus que sur le trottoir. Tant mieux ! Cela m'évitera une chute possible. J'arrive à la bouche de métro, mais aujourd'hui je ne pourrai pas lire mes journaux gratuits. Encore un effet induit par la fête de la veille.


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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 12:32


Un long frisson descend de l'atlas jusqu'au sacrum, bousculant les vertèbres une à une jusqu'au déchirement qui se propage à tout son épiderme. C'est impossible, ils n'ont pas fait ça. Encore incrédule, Justine écoute le journaliste énoncer ce fait du même ton monocorde que l'information précédente. L'événement est pourtant de taille et son importance, en ce monde bousculé par des séismes et des guerres, prend une dimension très particulière. Alors pourquoi cette apparente indifférence ? Voulue ? Inconsciente ? Pur formalisme de l'objectivité journalistique ?

L'annonce a de quoi surprendre, surtout ce jour-là. D'ailleurs, pourquoi ce choix ?

Les questions se heurtent dans la tête de Justine, atterrée par la nouvelle. Mais à quoi ont-ils donc pensé ? Qui sont-ils pour prendre une décision aussi radicale ? Et la dignité humaine dans tout cela ?

Justine détourne son regard de l'écran aux images crues. C'est trop. Elle se sent honteuse de participer involontairement à cet étalage de violence satisfaite. Que demande donc le peuple ? se demande-t-elle. Ce n'est plus la réponse des latins, ce n'est plus le "Panem et Circences" banal des années de la barbarie.

Ecœurée, désemparée, elle prend le parti d'éteindre son téléviseur. A quoi bon guetter l'information ? Tout est consommé. C'est trop tard !

Vit-elle vraiment dans un monde civilisé puisque la cruauté des dictateurs les conduit à la potence à la vue du monde ?

Toutes les questions qui l'ont taraudée pendant des années reviennent à la charge, l'obligeant à regarder bien en face ce qu'elle a évité à tout prix, préférant l'ignorance à la connaissance, se berçant de l'illusion que l'homme est sage, que le progrès ne peut que l'inciter à davantage d'humanité et de compassion.

Elle tombe de haut, du haut de ses illusions enfouies, de ses rêves anéantis par la triste réalité, de la condescendance avec laquelle elle a toisé et plus souvent ignoré les aléas du monde. Son monde soudain rétréci à un écran où courent toutes les nouvelles les plus absurdes comme les plus cruelles.

A quoi bon prendre de l'âge si ce n'est pas être toujours plus serein et sage ? se dit-elle dans un soubresaut mécanique. Forgée aux idéaux de la démocratie et du respect de la vie, elle chute dans la réalité avec une brutalité inattendue parce que le monde est à sa porte et qu'elle n'en a pas pris conscience. Pas pris conscience ou refusé d'en prendre conscience ? Justine élude la question : il y en a déjà tant et tant restées sans réponse, pourquoi se mettre martel en tête et chercher la petite bête là où elle ne se trouve surtout pas ?

Justine, une fois de plus, refoule très loin son besoin d'appréhender ce qui l'entoure malgré elle et juge bon de sortir. La porte de son appartement claque dans le silence des escaliers.

 

 


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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 12:27

Oui, ce sont des forçats. Pas besoin de partir au-delà de l’Atlantique. Il suffit de traverser un boulevard quand on a la chance d’habiter un appartement près de son travail. A 8h, ils sont déjà dans leur bureau, les couloirs qui tranchent les bâtiments en deux parties égales ne bruissent déjà plus des salutations ou des rires. Le petit monde s’est déjà attelé à la tâche et résistera jusqu’à l’heure du repas, prendra une pause d’une heure avant de se retrouver, enchaîné, devant son écran jusqu’à la fin de l’après-midi.

Des horaires en apparence tranquilles, des séjours de 4h seulement dans les bureaux par demi-journée. Que redire à cela ? Rien. Certains ont imposé quelques horaires souples et débutent leur journée en décalé, d’autres ont profité de la possibilité du temps partiel pour conserver une demi-journée ou un jour entier selon leurs besoins.

Les jours de congés sont économisés pour les coups durs, pour les démarches ici ou là. Quand on travaille, les autres également et le propre de l’administration est d’être fermée juste à l’heure où soi-même on sort du boulot. Alors, il faut bien contourner cette difficulté d’approche et consacrer les sacro-saints congés pour partir à l’abordage de l’hermétisme administratif. On s’en tire à bon compte quand une seule demi-journée suffit à débrouiller l’écheveau. La plupart du temps, il faut de la patience : on fait la queue, on a pris le soin de s’armer du ticket d’appel afin de ne pas se faire dépasser par des goujats. Il faut bien traiter les problèmes à mesure qu’ils se posent, n’est-ce-pas ? De l’entêtement, il en faut une bonne dose pour ne pas craquer devant la lenteur des préposés dont on pense invariablement qu’ils prennent leur temps, comme si les quémandeurs étaient invisibles et disponibles selon leur bon vouloir. Parlementer, s’énerver, prendre la mouche, tel est le lot de ceux qui sont acculés face à l’apparente inertie administrative.

Et pourtant, ce petit peuple est actif. Il a l’air comme ça de se moquer de tout et de flâner sans souci des réclamations possibles. Traiter un dossier, cela requiert du savoir-faire, de l’intelligence mais aussi une bonne connaissance de la machine administrative. Sans ces compétences, les dossiers ne seraient jamais trraités et encore moins archivés. Tout le monde n’a pas les mêmes droits, donc il faut bien hiérarchiser le traitement de tel ou tel, s’enquérir du bien-fondé de telle demande, vérifier si tel droit est bien ouvert ou non… Oui, ça prend du temps et beaucoup d’énergie car le petit peuple administratif est confronté à une foule de requêtes très diverses. Alors, autant prendre patience et même racine si l’on veut obtenir ce que l’on est venu chercher.

Ah, les méandres des droits…. Un vrai casse-tête sans cesse renouvelé…. Rompu à son travail, l’administratif qui a, la plupart du temps, tout appris sur le tas, commis quelques erreurs grossières pour enfin se fondre totalement dans le mécanisme de son job et après avoir suivi quelques stages de formation a posteriori de son embauche, cet administratif est enfin disponible, sait écouter d’un air absorbé, semble comprendre ce qui lui est raconté avec force détails inutiles et considérations intempestives, s’acharne à prendre des notes, saisit des documents de référence, et enfin traite le cas qui lui est soumis avec une compétence admirable. Oui, il prend son temps, c’est certain, mais à sa décharge, on exige de lui qu’il soit omniprésent, omnipotent et omniscient. Tout juste si on ne lui demande pas d’être doué du don d’ubiquité. Voilà, c’est dit, c’est un forçat. Eh oui, les galères n’existent plus à Cayenne sauf les ruines, et le travail moderne a transféré ces galères au rang d’emploi. C’est cela la modernisation : annihiler l’ancien pour renouveler avec du neuf. On ne construit plus que sur des ruines, on transfigure les restes et on édifie de nouveaux bâtiments, puissants, imposants, hermétiques.

 


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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 12:15

 

Harcèlement quotidien : quand on veut abattre son chien, on déclare qu’il a la rage. Dans le travail, quand quelqu’un dérange, on dit qu’il est agressif ou qu’il fait mal son travail. On lui cherche noise à tout propos. Et quand la carrière d’un collègue est en ligne de mire, ledit collègue n’hésite pas à éreinter l’autre dont les défauts apparents ne sont que l’exacerbation des siens propres. Certains sont des moutons bêlants sur qui il est facile de tomber à bras raccourcis.

Ainsi va la vie. On n’a pas d’amis dans le cadre du travail. Tous ne sont pas des ennemis, mais tous ne sont que des relations de copinage aléatoire. Si la carrière est en jeu, personne n’hésitera à démolir au moindre prétexte le soi-disant ami auquel on dévoile son amertume de n’être pas reconnu et d’avoir à attendre pendant des années que X ou Y soit enfin parti pour grimper les échelons. L’autre, qui sait se montrer compréhensif et qui sait écouter, compatit, soutient et défend. Il se sent en effet atteint, dans sa naïveté imbécile, des méfaits des uns et des autres à l’encontre de cet ami qu’il aime. Il ne comprend pas qu’on lui fasse des misères et voudrait bien avoir le pouvoir d’inverser la vapeur. Mais, souvent, sa propre position d’inférieur n’est d’aucune aide à celui qu’il écoute. Il a au moins l’avantage de son amitié sincère et une oreille compatissante. Et c’est de cette manière qu’il se fait avoir : à trop écouter, à trop croire que leurs rapports sont sincères, à force de soutenir de manière inconditionnelle celui qui gémit, il devient gênant. Et si lui-même n’est pas doté de l’esprit carriériste mais que son rôle est, somme toute, plus important qu’on ne le lui fait croire, il est de bon ton d’exploiter sa sincérité naïve et de tuer l’amitié qui le lie à l’autre.

Tout le monde a le droit d’être ce qu’il est, on n’a donc pas à juger, ou plutôt, à méjuger, dès que cela arrange, non, dès qu’il dérange, qu’il soit ceci ou cela. Personne n’est parfait. Il faut savoir prendre les êtres pour ce qu’ils sont, défauts et qualités comprises. En revanche, c’est très malsain d’exploiter l’autre pour sa crédulité. Si chacun est dans son bon droit quant à sa carrière, nul ne devrait se permettre d’écraser les autres.

Entourloupe : faire passer des tests à quelqu’un pour soutenir sa propre thèse quant à la personnalité d'un individu ne devrait jamais avoir lieu par des non professionnels. Décrypter un test requiert un savoir et une formation particuliers. Jouer au psychologue quand on ne l’est pas est dangereux, non pour celui qui se prend pour Dieu, mais pour celui qui, bêtement, tombe dans le piège sans en connaître le sens. C’est un abus de pouvoir, c’est se montrer excessif, c’est tout simplement vouloir abonder dans son propre sens. C’est également la négation de l’intégrité de l’autre. Dans notre société, dite civilisée, avancée, moderne, on se targue trop facilement de savoir mieux que quiconque que tel ou tel est comme ceci ou cela. En s’arrogeant le rôle du psy, celui qui s’octroie ce rôle, outrepasse des limites que personne ne devrait se permettre de franchir. Cette méthode de démolition (car c’en est une) est infâme. C’est trop facile, en effet, de se poser en censeur, pour abonder dans son propre sens. La perception que l’on a des autres est toujours fragmentaire. Quand on s’attaque à la personnalité de l’autre, la moindre des corrections serait de ne pas s’illusionner sur son propre compte. Savoir se regarder dans une glace n’est pas très répandu, et l’image que les autres nous renvoient n’est jamais aussi flatteuse qu’on le voudrait.

On supporte difficilement les caractères forts. Surtout quand ces caractères forts ont raison. C’est bien là où le bât blesse : nous avons nos failles, nos incertitudes, nos espérances et nos désespoirs. La vie est une lutte quotidienne, acharnée, sans pitié. Les retours de bâton sont à prévoir : qui brille aujourd’hui s’éteindra demain. Ainsi va la vie : rien ne dure.

 


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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 12:04
L’humeur chagrine faisait peser comme une chape sur les journées. Tout allait de mal en pis. Depuis le passage à l’euro, la vie avait augmenté un peu trop. Un peu trop ? Mais Jacques, elle a augmenté – et ce n’est qu’une moyenne – de 30%. Connais-tu ce qu’est le panier de la ménagère ? Avant l’euro, quand elle se rendait au marché, les patates s’achetaient 10 boules par 3 kgs. Avec l’euro, c’est désormais 2 euros les trois kilos. Et pas seulement les patates, n’importe quel légume est désormais à 2 euros en moyenne (il faut savoir à quel étal s’arrêter, choisir méticuleusement ses producteurs. Pas question de se rendre chez les revendeurs !). Sais-tu Jacques à quel prix ils achètent leur marchandise au marché-gare : 30 centimes le kilo. Cela ne les empêche pas de revendre le moindre kilo à …………….. 1,80 euros. T’as vu la culbute ? Ce n’est plus ni trois, ni quatre, mais six fois le prix d’achat. Que crois-tu que pense la ménagère ? Elle râle. A juste titre.

De qui te moques-tu Jacques ? Et toi Nicolas, qu’en penses-tu ? Ta femme ne va pas faire les courses, elle envoie la bonne, ah non, pardon, elle se fait livrer. Et bien contente, parce que pour elle, ça augmente aussi, mais vu ton salaire, elle ne sent pas la différence. D’ailleurs, elle ne tient pas de carnet de comptes, elle n’aligne pas ses achats, n’additionne pas en bas de chaque colonne, ne reporte pas le solde à la page suivante, elle ne compte pas. Avec ton salaire de ministre (un mois de ton salaire représente l’actif annuel du contribuable commun), tu n’as pas de souci financier. A ta table, on se régale sans se soucier de ce que la France d’en bas (tu sais encore qui a créé cette expression méprisante concernant 99 % de la population française ?) ruine son porte-monnaie, passe son temps à se demander si elle prendra des vacances, si elle enverra ses enfants dans des colonies, si elle campera ou ira à l’hôtel, si elle changera la voiture cette année, achètera une nouvelle machine à laver le linge, si elle bouclera son budget mensuel... La France d’en bas, Dominique, transpire à tout va, calcule, espère mais ne peut que constater que tu te moques bien d’elle, que tu n’as cure de ses soucis et que puisque toi, tu t’achètes de beaux costumes, exhibe des cravates hors de prix, arbores des chemises dignes d’un roi, elle n’a plus qu’à se la fermer. Elle subit, Monsieur le Député, Monsieur le Ministre, Monsieur Le Président, elle subit, cette France d’en bas, l’abus de ton pouvoir, ton goût pour la richesse, tes salaires indécents, tes dépenses excessives et ta morgue. Et dire que cette France-là, c’est elle qui a fait 1789. Ah, le son du tambour, le bonnet phrygien, les pantalons à rayures, les piques qui s’ornaient de têtes fraîchement coupées à la guillotine …!!!

La France d’en bas, celle qui fait le sel de vos victoires ou de vos déconfitures politiques, la France d’en bas murmure. La colère est encore sourde mais elle se fait entendre. Elle enfle à mesure que vous abusez de votre pouvoir, elle gronde encore en aparté, hésite encore à se rassembler, mais elle y parviendra : le mécontentement est généré par votre incurie, votre morgue, votre insuffisance et vos échecs. Eh oui, Jacques ! Ou Nicolas ! Ou Dominique, toi, et les autres cristallisez le mal ambiant, demain la guillotine risque de réapparaître sur les places publiques et de donner un spectacle sanglant à la foule déchaînée, ivre de sang parce que souffrant d’appauvrissement. Vous lézardez la République, et Marianne également n’apprécie pas votre conduite. Vous trahissez à qui mieux mieux les traditions républicaines, vous enterrez les uns après les autres les acquis sociaux. C’est un mal très français, paraît-il, cet amour des acquis sociaux, fruits de la lutte acharnée du petit peuple qui crevait de vous voir faire de la graisse sur son dos, pendant qu’il crevait de faim.

Le Panem et Circenses n’est plus de mise. Tout le monde veut son frigo, sa télé, des vacances, des loisirs, moins travailler. Vous réduisez, piétinez le sel de la vie de la France d’en bas. Vous ponctionnez sans vergogne ses économies. Que veux-tu Jacques ? Fallait pas parler de la fracture sociale. T’as été élu parce que tu as brandi le fantôme de Le Pen, prédit le retour en arrière, au fascisme délirant de la belle époque de Vichy. Tu t’es gourré mon gars. La France, la vraie, la seule, elle veut vivre bien. Et si l’Europe lui fait peur, c’est de ta faute. Tu fais des promesses et tu ne tiens jamais tes engagements. La France d’en bas veut bien te pardonner tes frasques, ta gestion désastreuse, mais elle n’accepte pas d’être flouée par tes bons sentiments. T’es un sacré comédien, tu passes du rire aux larmes face aux caméras, sans sourciller. Ce qu’elle veut la France d’en bas, c’est pas un guignol, un pantin désarticulé, ce qu’elle veut c’est vivre décemment et pas voir des pignoufles s’empiffrer sur ses économies. La France d’en bas n’est pas une éternelle vache à traire, elle a besoin de considération, elle veut que tu arpentes les marchés avec son budget rétréci, que tu te demandes jusqu’à quand tu seras pressuré par les impôts directs et indirects, que tu cuisines des binjes à 1,50 euros et non des rattes à 20 euros, que tes pommes soient aussi farineuses que les siennes, que les baguettes à plus de 80 centimes disparaissent de ta table pour faire place à un pain surgelé bon marché qui durcit à peine sorti de son enveloppe plastique. Elle veut que tu t’assoies à sa table, allez Jacques, pour une fois, descends vraiment dans la rue, regarde ce qu’il y a autour de toi, imagine-toi dans la peau misérable de monsieur tout le monde qui compte, recompte, décompte et ne s’en sort pas. Les vaches maigres, tu sais, c’est formateur, t’en oublies presque que tu vis comme un miséreux, tu sais qu’au fond, tu n’es pas aussi malchanceux que ça, que d’autres connaissent des difficultés bien pires. Tiens, les SDF, autrefois, ce n’étaient que des clochards, ils étaient répertoriés facilement, aujourd’hui, ils sont une masse informe, si compacte qu’on ne peut plus les dénombrer. Tu devrais les fréquenter ces sous-hommes sans domicile, sans travail, sans papier souvent, ces exclus qui gênent la circulation sur les trottoirs, qui tendent la main, horrible plaie sociale, et qui gênent le bon cœur des braves gens. Et qui paye au quotidien cette hérésie financière ? Pas toi, bien sûr, à l’abri des hauts murs de ta demeure, mais cette France d’en bas, généreuse et ouverte qui défend le bifteck du voisin comme le sien quand il brandit des pancartes, quand il fait grève et qu’il proteste. Ecoute-le, mon vieux, tu verras, c’est pas aussi simple que tu le crois. Ils sont là les ridiculisés de la politique libérale et leur colère augmente à mesure que tu t’engraisses.

Ce texte a été écrit 15 jours avant le référendum de la Constitution Européenne. Prémonition ? Peut-être. Ces phrases restent d'actualité même si les acteurs de l'époque ont changé de rôle ou ont disparu du devant de la scène politique.


 

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Published by Fred de Roux - dans critique
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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 11:53
C'est dit : je mets en ligne quelques réflexions déjà anciennes. Ces textes qui grincent et protestent sont, en principe, le reflet de la pensée de monsieur tout le monde. Qui ne constate pas que l'inflation des prix réduit le pouvoir d'achat ?
Qui ne voit pas son porte-monnaie se dégonfler au fil des mois ? Qui ne s'interroge pas sur l'avenir qui est réservé au plus grand nombre ?
Seuls quelques uns peuvent rester insouciants car richement dotés par héritage ou travail acharné (avec quelques arnaques bien voilées). La masse, cette masse inconnue, informe, protestataire, est soumise aux diktats des grands et se voit retirer jour après jour le peu dont elle dispose.
Il faudra donc revenir au bas de laine pour ne plus voir l'épargne écornée par des prélèvements de plus en plus odieux, pompeusement baptisés prélèvements sociaux. Rien n'échappe à l'oeil aigu du ministère des finances : la sacro-sainte Assurance-Vie, jusqu'ici épargnée, est désormais devenue rentable, non pour leurs titulaires, mais pour l'état qui se soucie comme d'une guigne que ces sous économisés l'un après l'autre ne sont qu'une épargne de précaution, pour ne pas dépendre des services ou des minima sociaux, des enfants....

Je mets également en ligne (c'est déjà fait d'ailleurs) des échanges de courrier. Pourquoi ne pas ouvrir à certains esprits lucides ces pages d'humeurs ?
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Published by Fred de Roux - dans fourre-tout
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29 août 2008 5 29 /08 /août /2008 15:14

Plus beau que le père mais certainement les dents aussi longues.

C’est quoi cette apparition soudaine du fils de… dans le fief du père ? Nouvelle lignée qui a pris goût au Pouvoir ? Vraisemblablement. N’est-ce pas lui déjà dont le scooter avait été volé et pour lequel toutes les polices de France étaient sur les dents à la recherche du voleur ?

Aimerait-il donc qu’on parle de lui ? De quel manque souffre-t-il pour s’afficher aussi facilement ? Cet inconnu d’hier dont le nom est de plus en plus cité, qui mène la fronde contre le dauphin logique du père et qui s’impose effrontément dans les médias.

Un père qui sert d’exemple en la matière et qui a su convaincre le fils que tout passait par l’image.

A quand la succession dans le royaume de N. ? A quand la fronde contre le père ? A quand la prise de pouvoir par destitution ?

Une nouvelle dynastie est née et prend figure de la jeunesse avec toupet.

Tel père, tel fils, dit-on facilement. Ce ne serait donc pas tout à fait une blague ?

Elu dès le berceau sans doute, promis par filiation – dont il sait déjà tirer parti – à un destin national.  A quand la restauration de la monarchie ? Et combien lui faudra-t-il de reines pour laisser un nom dans l’histoire ? Sans doute beaucoup plus que son père qui prend, utilise, puis jette sans complexe l’épouse précédente pour tout aussitôt s’acoquiner avec une autre. Tous les germes de la succession sont sous les yeux de la nation. D’ailleurs, le père redore son blason à la cour d’Angleterre. Pas mal comme coup médiatique ! Tout le monde attendait la bavure, mais rien. Rien que du protocole et de la distinction. Entre gens du monde, vous comprenez…

Ah, le népotisme ! Il a encore de beaux jours devant lui et rien n’arrêtera l’ascension du fils après le père parce que le pays aime le clinquant, vénère ceux qui parlent le plus fort, accepte tout sans comprendre la main mise sur tous les pouvoirs.

En d’autres temps, le père n’aurait pas été couronné et sa tête aurait figuré au palmarès des piques.

La grimpette a commencé très tôt, sur les bancs de l’école où il fallait être le premier pour faire oublier son aspect ingrat, sa petite taille et sa bouille qui, déjà, n’était pas celle d’un enfant. Que de revanches à prendre quand on est difforme et déplaisant !

Le fils présente mieux que le père, les traits sont plus fins et la taille normale. Rien à voir avec le nabot de géniteur. Mais quelle claque pour lui si le fils parvient au sommet en le destituant !

On n’agit que par l’exemple et très tôt, cet enfant a su tirer les leçons de l’ascension paternelle. Pas de doute, il a emprunté le même chemin et ce n’est pas pour rien qu’il use de son nom pour se faire connaître et reconnaître. Pour l’instant, il se contente d’être élu et ne tente pas d’autre aventure. Mais jusqu’à quand ?

Tout cela serait dérisoire si, en filigrane,  on ne devinait pas déjà le danger potentiel d’une prise de pouvoir familiale. Rien n’est jamais anodin, au contraire. Le fils aurait-il pu agir ainsi sans l’aval de son père ? La question reste en suspens. Pour l’instant….

 

 

 

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Published by Fred de Roux - dans critique
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