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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 18:56

Je ne suis pas une vache à traire.

 

Je m’énerve. Il y a de quoi. Voilà six mois que je n’ai plus de connexion et ce n’est pas la peine que je m’escrime : mon fournisseur d’accès s’en fiche. Je résilie mon contrat car il ne respecte pas ses obligations de résultat. Le courrier est prêt, il suffit que je le poste en recommandé. Ca va chauffer. Je sens qu’il va me poursuivre, mais zut, puisqu’il est incapable de pourvoir à ma demande répétée d’un changement de modem, tant pis pour lui !

Je m’énerve. J’aurais dû le faire plus rapidement. Je ne suis pas naïve, mais seulement compréhensive : je ne suis pas la seule cliente et il est normal qu’il y ait du retard. Pas six mois tout de même.

Que dire de l’insolence des soi-disant techniciens que j’ai au bout du fil (quand j’y parviens, évidemment) qui me trimbalent, me promettent une livraison sous 8 jours…. Déplacés sans doute parce que payés avec un lance-pierre (la mode est à la délocalisation et à l’étranger, c’est connu, la main d’œuvre est moins chère qu’en France). Ils ont dû apprendre par cœur les questions et les réponses car ils débitent tout sur un ton monocorde comme une leçon sur le bout des doigts, ponctuation en moins. Sans état d’âme. Les ordres sont stricts : ils ne savent rien et doivent mentir, affirmer que le modem est en cours de traitement, donnent l’adresse où courir récupérer le précieux engin qui me reconnectera au reste du monde.

Je m’énerve. Pour rien. Je suis devenue lente,  au milieu des problèmes à juguler au quotidien. Je me berne toute seule, avec une naïveté qui frise le ridicule. Ils ont bien raison de m’ignorer puisque je ne les relance pas souvent. A quoi bon ? Les frais qu’ils empochent, ils les glanent sans complexe puisque les clients sont des pigeons à plumer. Tant qu’ils ne disent rien… tant qu’ils n’engagent pas de procédure….

Je m’énerve et je me fâche. Cette fois, ma décision est prise. J’ai trop tardé ? Oui et non. Je leur laissais le bénéfice du doute. Mais à force d’entendre toujours le même discours bien rôdé, à force de constater le silence radio au long des semaines, l’absence de SMS sur le portable ou de message dans ma messagerie, mon contentieux augmente et la colère se fait jour. Je ne supporte plus cette incurie, ce manque d’honnêteté, cet affront perpétuel qui est de me considérer comme une crétine qu’on plume chaque mois. Je me fâche, mais j’hésite encore. Il faut expédier cette lettre, en faire copie pour Que Choisir et le tribunal. Il faut alerter qui de droit et exiger des intérêts pour contrat rompu unilatéralement. Je demande réparation, non plus du modem mais du stress généré par ce problème, pour les tracas induits sur les études de mes enfants, pour le concours et la parution qui n’a pas eu lieu, pour la dotation qu’il a fallu utiliser autrement pour ne pas en perdre le bénéfice…. Pour une foule de choses indescriptibles qui m’empoisonnent le quotidien et me font hurler en silence. Je suis fatiguée d’être grugée, manipulée, spoliée. J’en ai assez, ma patience est à bout, je craque.

Je suis une vache à traire : c’est dit. Je suis très fâchée.. Plus question de me laisser traire tous les mois. Je ne suis pas une banque.

Je suis une vache à traire : tout augmente, sauf mon salaire. Ras le bol de ces excès, de ces factures qui échouent sur mon compte qui est tout aussitôt débité. Je ne suis pas riche mais je le deviens peu à peu. Tout est grignoté et plus tard, quand la retraite aura sonné son glas fatidique, je serai à la remorque. Une sacrée calotte à mon indépendance.

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Published by fred de roux - dans phénomène de société
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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 18:45

 

La sonnerie perce le silence de l’appartement. Je me précipite : inutile que mon grand fils soit réveillé.


Qui peut bien appeler à cette heure ?

 

- Allo ? Allo ?

- Bonjour, Je suis bien chez mr et mme X ?

- Oui

- Madame, avez-vous une mutuelle ?

- Oui, comme toute personne bien constituée.

- Pardon, je…

- Je suis sur liste rouge, Monsieur.

- Ah, donc vous n’acceptez aucun démarchage par téléphone ?

- C’est exactement cela.

- Au revoir Madame.

- Au revoir Monsieur.

Je raccroche horripilée. Voilà plus d’un an que je suis sur liste rouge et que ces appels incongrus continuent. Vive les mises à jour !

Je ne suis pas une marchandise, merde. Gonflé tout de même ces ventes de fichiers sans qu’on en soit averti. Mais qu’attend-on pour dénoncer cette marchandisation des individus ?

Ras le bol !

Faut-il supprimer cette ligne pour avoir enfin la paix ?  La rage me prend et je vais débrancher le téléphone. Zut ! J’ai deux postes et si je me déconnecte, plus personne ne pourra me joindre. Que faire ? je ronchonne, proteste, éprouve l’envie d’envoyer par la fenêtre non seulement les deux téléphones, mais aussi d’attraper par le col le premier qui osera encore venir me déranger pour me vendre quelque chose alors que je ne veux que la paix. Je me sens des envies de meurtre ; je suis en colère, de ces colères qui s’attisent d’elles-mêmes et qui enflent jusqu’à l’éclatement sauvage.

Décidément, cette société ne recule devant rien pour faire du fric, pour plumer les pigeons autrement dit 99% de la population. On nous prend vraiment pour des couillons sans cervelle. Quelle impudence ! Que de morgue dans ce mépris des autres !

Est-ce que par hasard je pourrais démarcher l’Elysée ? Pourrais-je déranger le président ou un ministre ? Certainement pas ! Mais quel dommage ! Ces gens-là, ils vivent dans l’anonymat téléphonique le plus total et ils se moquent bien qu’on soit perpétuellement la proie des démarcheurs. D’ailleurs, s’ils autorisent de telles actions, c’est bien parce qu’ils en sont protégés. Dignité et privilège du statut. Crotte, ils m’emmerdent tous. Je voudrais avoir une bombe et tout faire sauter.

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Published by fred de roux - dans phénomène de société
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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 12:33

On sent le désespoir de toute une administration frustrée et claquemurée dans ses déboires quand elle est absente. C'est le mois de mai, le plus férié de tous, le grand moment des premiers exodes. Pour les chanceux ayant pignon à la campagne, c'est bien le moment de cumuler les jours qui restent avec ceux des jours heureusement fériés. Un 1er mai qui tombe un jeudi et hop, on ne revient que le lundi. Un 8 mai qui tombe aussi un jeudi, alors là, c'est royal : le 12, un lundi, ce fameux lundi de Pentecôte, est redevenu férié également. La journée de solidarité aura lieu à un autre moment (peut-être tombera-t-elle aux oubliettes… qui sait ?). Les administratifs se sentent tellement coincés dans leur conformisme et méprisés qu'ils profitent de la moindre occasion pour échapper à la lourdeur de leur condition. Les murs sont tout d'un coup bien silencieux, les bureaux ne résonnent pas des conversations, les lampes sont toutes éteintes. Rien ne filtre derrière les cloisons.

Les plus malins auront su cumuler tous les ponts pour faire un très grand viaduc, un Garabit impressionnant. Comme on les comprend. Frustrations, brimades, conformisme, carrières ras le gazon, méconnaissance de leur investissement ont bien besoin de prendre un peu l'air. Et c'est un pied de nez géant qu'ils font à l'administration. Ils sont hilares des tours que joue le calendrier. Un calendrier qui, pour une fois, leur est favorable. Et tant pis pour le boulot. Ca attendra. Il sera bien temps mardi de tourner la clé dans la serrure, pousser la porte avec un soupir (on était si bien ailleurs !), ouvrir les tiroirs du bureau, les portes de l'armoire, sortir les dossiers et surtout les consulter.

 L'administration prend son pied en prenant de longs congés. C'est une vengeance délicieuse, qui se déguste à pleine bouche, sans délicatesse, presqu'avec la rage d'être libre plus longtemps que nécessaire. Pas question de perdre une miette de cette escapade prolongée. On la regrettera dès le mardi quand il faudra se lever tôt, courir après le train ou le métro, se prendre par la main pour rejoindre son poste, retrouver la mine déconfite des collègues avec lesquels on ne s'entend que de façade. La routine du quotidien reprendra vite tournure, au grand dam de la valetaille administrative qui préfère se la couler douce ailleurs mais qui subit, année après année, le joug de la tâche. Eh oui, ce sont des tâcherons, de simples tâcherons qu'on exploite quel que soit le niveau des compétences. Quant aux compétences, on est bien content qu'ils en soient bardés, mais pas question d'un merci ni d'une promotion. Plus les salaires sont bas, mieux la hiérarchie se conforte dans sa position dominante. Elle joue d'ailleurs volontiers du fouet que sa position lui octroie généreusement. Une petite réflexion par ci, une autre par là : "Vous êtes en retard de 3 minutes", "Vous n'avez pas encore terminé ? Mais que faites-vous donc ?", "Je vous ai cherché tout à l'heure, où étiez-vous donc ?". Pas le droit de pisser peut-être ? rétorque silencieusement le tâcheron qui se fait apostropher sans aménité. Esclave, voilà ce qu'il est et rien d'autre. Et le droit à la parole, pas question. Obéir, toujours obéir sans broncher, faire les 36 volontés du supérieur hiérarchique, courber l'échine, se voûter à l'extrême, plier systématiquement et surtout exécuter ce pour quoi on perçoit un maigre salaire.

Ah, ces congés ! Ils sont bénis par tous et encore plus regrettés dans le silence de la feuille froissée nerveusement qu'on jette tout aussitôt à la corbeille. Si le panier est réussi, l'acidité de l'humeur en est moindre. Encore un pied de nez, un de plus. Maigre revanche, mais revanche tout de même.

Qui ne rêve pas d'aller ailleurs, de faire autre chose ? Qui n'a jamais rêvé de dominer à son tour et de prendre une sacrée revanche ? Les congés, c'est sacré et plus on en prend, mieux on se sent supérieur. Là au moins, pas de propos mesquin, pas d'ordres cinglants, pas de brimades. Du repos, les doigts de pied en éventail, sous un parasol et même devant son fourneau. Pas d'horaires à respecter, pas de pile à descendre à toute vitesse, pas de classement à refaire, rien à archiver. Les seules archives des congéistes administratifs sont ces souvenirs chéris longtemps, dont on ne parle jamais, sinon à ceux qui sont proches "tu te rappelles quand le petit est tombé de sa chaise ? ", "rappelle-toi, quand ta mère a débarqué dans notre chambre sans frapper", et blablabla…. Moments de béatitude parfaite, moments volés au travail. Alors, vous pensez bien, quand on peut profiter de rallonge, on ne se gêne pas.

 -o-

Les couloirs sont déserts. Rares sont les étudiants qui les longent pour un supposé cours. Quelle idée de maintenir des cours quand un grand week-end ferait tant de bien à tout le monde ? Au moins, le petit peuple administratif prend des congés. Et tant pis pour ceux qui sont de corvée pendant qu'ils font autre chose. Le silence est délicieux, quand on est isolé dans un long hall, sans talons bruyants heurtant le sol, sans voix qui traversent les cloisons, sans remue-ménage ni chahut. Le pied. Voilà ce qu'il faut faire : venir travailler tandis que les autres s'enfuient à toute vitesse. Ca fait bien d'être là. On se fait remarquer, les chefs apprécient (mais ne font rien quand même pour l'esclave rivé à son bureau). Tandis que la grande majorité va vers d'autres horizons, profiter des congés, certains préfèrent s'abstenir de faire comme eux. Mais plus tard, quand tous seront rentrés la moue grimaçante au coin du visage, eux ils pourront enfin se permettre de voyager au loin. Loin des conversations, loin des collègues, loin de la hiérarchie. Ils profiteront alors d'un autre silence, le leur, unique parce que différent. Un silence bien mérité qu'ils goûteront avec malice, mais sans regret pour les autres qui seront à leur tour revenus fatigués et pas plus heureux de ces longs congés du mois de mai.

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Published by fred de roux - dans adm
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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 12:31
Il y a tant à dire sur tout.
Il y a de quoi râler et pester.
Alors je râle et je peste.
A ma manière : j'écris
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Published by fred de roux - dans fourre-tout
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