Mardi 12 octobre 2010
2
12
/10
/Oct
/2010
20:52
Un beau jour d'automne que cette journée. Un ciel un peu chargé mais pas d'averse ou de crachin pour perturber les
défilés. Quelques timides rayons de soleil pour éclairer la colère des manifestants. Une belle journée donc.
Ils étaient nombreux, en rangs serrés, massés comme à leur habitude, attendant le départ de leur cortège. Toujours le
même rituel : tout le monde se rend au point de rassemblement, la foule grossit à vue d'oeil, et il faut du temps pour démarrer. Quand le cortège s'ébranle enfin, le temps semble ralentir, tout
le monde piaffe d'impatience. Il y a de quoi puisque les premiers arrivent sur la place que les derniers sont encore à s'échauffer en tapant du pied.
Les banderoles s'étalent à longueur de rangs, les slogans fusent des poitrines dans un même élan, montent, enflent et se
répètent tout au long des rangées. Quelques uns ont des porte-voix, afin qu'on les entende et que soient repris en choeur les mêmes phrases blasphématoires (pour ceux qui ne partagent pas leurs
opinions). Les syndicalistes mènent la sarabande, en tête de cette foule compacte, hétéroclite et homogène à la fois. Des élus, le poitrail ceint de l'écharpe tricolore, attendent leur passage,
applaudissent en repérant les banderoles les plus affûtées. Leur soutien est inconditionnel, surtout lorsqu'ils sont dans l'opposition. Les autres, appartenant au parti majoritaire, brillent par
leur absence à peine remarquée tant l'animation de la manif est grande.
La jeunesse est là, bien en place, déterminée à montrer qu'elle n'est pas d'accord avec la politique qui la laisse sur
le bord du chemin. Elle réclame du travail, exigeante, sûre d'elle. Elle ne rit pas cette jeunesse, malgré les fanfares, les tambours, les banderoles agressives. Elle ne veut pas de cet avenir
bouché par des élus qui n'ont rien compris et qui s'entêtent à lui fermer la porte de la professionnalité et, pis encore, une retraite paisible. Elle sait que si elle se tait, c'en est fini d'un
futur joyeux et qu'elle devra jusqu'au dernier souffle s'échiner pour un salaire pitoyable.
La manif s'étend au long des avenues, boulevards, cours, rues, ponts. Le bruit est intense. Ici et là, on aperçoit des
uniformes qui encadrent et surtout repèrent. Si jamais il y avait des débordements... On ne sait jamais, mieux vaut prévoir des échauffourées... Casques et boucliers, bottes et matraques scandent
cette marche protestataire. Oh certes ils se font discrets, mais déjà par le passé, on les a vus s'ébranler en marge de la manifestation et contraindre par la force quelques individus qui
n'avaient rien fait d'autre que de se mêler aux contestataires.
La foule est immense. Et pourtant, quand les JT parlent de cette journée, si l'état consent à augmenter le nombre de
manifestants pour cette énième protestation, le chiffre annoncé ne correspond toujours pas à l'ampleur de ce nouveau rassemblement. Pour lui, un tiers seulement sera reconnu. C'est
tellement facile de minimiser la bronca qui saisit le peuple auquel on veut faire avaler une réforme indigeste. Et le plus indigeste, c'est ce mépris affiché envers ceux qui se battent pour que
la jeunesse arrive sur le marché du travail sans avoir à passer par la case Pôle Emploi, pour qu'elle accède au monde du travail sans attendre et qu'à l'âge normal elle puisse jouir d'un repos
bien mérité. Mais ça, l'état ne le voit pas, ne veut pas le voir et encore moins le comprendre.