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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 15:25

Alors que d'autres pays membres de l'Union Européenne décident de supprimer les données personnelles sur les puces des passeports, chez nous, avec plus d'un train de retard, il est fortement question de ficher tout le monde via la carte d'identité. Un fichage électronique qui comporterait des données biométriques (empreintes digitales, couleur des yeux, taille, ...) qui serait consultable par tous les services sécuritaires. Oui, c'est dans les tuyaux. Bien évidemment, cela soulève des questions à propos de la liberté de circulation, d'expression...

Il y a quelques années, j'écrivais une nouvelle de science-fiction dont le personnage est féminin. Il n'était pas encore question de ces puces améliorées pour stocker en mémoire des données individuelles alors même qu'elles étaient déjà implantées sur des chiens, les Etats-Unis les utilisant pour les délinquants et localiser les personnes atteintes d'Alzheimer. Apparemment cela donne des idées, cette surveillance généralisée. Je vous laisse juge : c'est de la pure imagination, mais suis-je loin de la vérité ?

 

 

                                                                                       Le flic de l’espace

Taraudée par son envie de changer de vie, Juliette décida un beau jour d’un printemps florissant et très chaud, presque trop,  de se rendre sur une autre planète. En 3240, c’était un jeu d’enfant d’embarquer sur une navette. Elle consulta les différentes agences de voyages intergalactiques, opta pour la planète Oriona, entreprit les démarches administratives nécessaires. Une fois son passeport et son visa obtenus, elle se rendit à l’aérogare.

La navette était confortable, bien oxygénée, diffusant une musique qui endormait les passagers afin que la traversée spatiale se déroule sans incident. L’atterrissage se passa en douceur. Par le hublot, Juliette regardait le paysage. Rien de bien extraordinaire : pas de végétation, rien qui ne soit plane.
Elle s’inséra dans la file qui attendait patiemment que les douaniers inspectent leurs bagages, vérifient la validité de leur titre de séjour. Vint son tour. Juliette tendit son passeport. Le douanier tourna chaque page, lut tout, regarda à plusieurs reprises et Juliette et sa photo.
- Madame, veuillez me suivre, s’il-vous-plaît !
Intriguée, Juliette obtempéra et suivit le douanier qui la conduisit jusqu’au bureau de la police de l’espace. L’hôtesse d’accueil la reçut fraîchement, la regarda avec circonspection et lui enjoignit  de s’asseoir : - On va vous recevoir dans quelques minutes. Veuillez patienter ! dit l’hôtesse d’un ton fort peu amène.
De plus en plus surprise, Juliette alla s’asseoir sur un banc en plexiglas tout en se demandant combien de temps cela durerait : dans sa précipitation à partir au plus vite, elle n’avait pas songé à retenir une chambre d’hôtel. En outre, son déjeuner était loin et son estomac commençait à gargouiller de manière déplaisante. Elle sentait le regard de l’hôtesse fixé sur elle et en éprouvait du désagrément. Que faisait-elle donc là ? A quoi tout ceci rimait-il ?
Une bonne heure plus tard, son nom retentit dans un mégaphone. La voix était métallique. Normal, les technologies étaient fort avancées et ce n’étaient que des robots qui lançaient les messages.
Un agent la conduisit jusqu’à une porte blindée qui s’ouvrit devant elle dès qu’il l’eût effleurée. Elle pénétra dans une pièce blanche, froide. Derrière un bureau tout aussi blindé que la porte siégeait un flic de l’espace. Raide sur sa chaise, le regard vide, il lui intima de s’asseoir de l’autre côté du bureau. La chaise était glaciale, rude, inconfortable.
- Bonjour Monsieur dit Juliette d’une voix qu’elle voulait assurée.
- Ne m’interrompez pas ! rétorqua le flic de l’espace. Vous êtes ici, enchaîna-t-il, parce que votre passeport aurait dû vous interdire de pénétrer sur notre territoire. Votre profil ne convient pas à notre planète, vous aurez donc à rentrer sur la vôtre dès la prochaine navette en partance.
- Je ne comprends pas, j’ai rempli tous les formulaires, obtenu le visa,…
- Silence ! Votre cas est typique de ce qui nous est insupportable. Votre attitude d’ailleurs montre que vous êtes une rebelle qui n’a rien à faire chez nous.
- Mais que me reprochez-vous ?
- Vous osez persister ! Vous voulez donc que je vous arrête et vous mette en prison ?
- Euh, non ! Je voudrais seulement comprendre…
- Vous allez comprendre. Vous êtes fichée depuis très longtemps au motif de votre immoralité.
- Comment ça ?
- Silence, vous dis-je ! Oui, votre immoralité. Vous avez passé votre temps à lire au lieu de pratiquer un sport. Vous rêviez tout le temps, négligeant les réalités. Vous avez vécu maritalement pendant de nombreuses années avant de vous marier. Vous entreteniez celui qui devint votre mari par la suite, lorsqu’il a perdu son travail. Vous avez toujours fait preuve de manque d’audace en conservant toute votre carrière le même métier. Vous avez osé écrire des textes subversifs que vous diffusiez sur le net. Vous avez entretenu des relations étroites avec des blogueurs à la moralité douteuse et dont la teneur des propos sur leur site incitait à la révolte. Pour toutes ces raisons, vous n’êtes pas la bienvenue ici. Vous êtes priée de partir par le prochain vol. Et pour être certain que vous quitterez notre sol, vous serez accompagnée de deux gardiens ayant mandat de la plus haute juridiction. Ils vérifieront que vous passez bien à la douane et que vous partez sans plus attendre. Vous serez avec eux jusqu’à ce que vous ayez passé la frontière de la Terre.
Juliette était atterrée. Le passeport biométrique était donc gavé de puces électroniques invisibles à l’œil nu : la miniaturisation avait beaucoup progressé au cours du dernier millénaire Et les nanotechnologies envahissaient tout.
Elle qui avait quitté la planète Terre pour échapper aux contrôles excessifs imposés par les autorités, voilà qu’en toute innocence elle découvrait que le fichage ethnique et individuel existait dans toutes les galaxies. Que les planètes soient complices au point de porter atteinte à la vie privée en échangeant des bases de données, c’était aberrant.
Jamais elle n’aurait soupçonné une telle connivence. Le fichage était connu, mais qu’avait-elle donc fait de si laid pour qu’on l’expulse à peine arrivée ? Ainsi donc sa planète d’origine avait emmagasiné des données sur sa vie et les avait transmises sans qu’elle s’en doutât.
Juliette avait envie de vomir. Jamais plus elle ne tenterait de voyager au-delà de l’atmosphère qui était la sienne. La répression, elle n’appréciait pas du tout.
Le mot Morale traversa son esprit.

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Published by Le Mousquetaire des Mots - dans Liberté
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commentaires

Felix 19/07/2011 15:21



Tres bel ecrit, qui n'est pas une fiction, presque pas !


planquez vous



Le Mousquetaire des Mots 20/07/2011 09:09



Bonjour Félix,


Ca fait peur, n'est-ce-pas ? Se planquer ? Oui, mais où ? Et puis, sera-ce efficace ?


Bonnes vacances si tu pars.



râleuse ex 02468 19/07/2011 11:20



longtemps que je n'étais point venue ici, manque de temps ,manque de punch,par les temps qui courent et cette politique nauséabonde qui sévit j'ai tendance a me recroqueviller ,de plus j'ai ,en
vacances , mes petits enfants , tu vois le tableau!!!!


ce conte est extraordinaire de prédiction,je me demande jusqu'où cela va aller d'ailleurs?


j'ai vu que tu avais mis en ligne la déclaration de théodorakis,j'avais fait de même sur mon blog, c'est rigolo les rencontres de pensées!!!!


ayant lu tous les articles qui m'avaient échappé par manque de temps , je constate toujours la justesse de tes écrits;je vais revenir plus souvent



Le Mousquetaire des Mots 20/07/2011 09:11



Bonjour Râleuse,


Merci de ton passage, ça fait chaud au coeur. A mon retour, je te rendrai visite (oui, je pars une dizaine de jours, donc silence radio). Bonnes vacances en
compagnie de tes petits-enfants, avec eux, au moins, sauf erreur de ma part, les surprises ne sont pas aussi désagréables que celles qu'on nous impose.


Allez courage, même si on ne tient pas le bon bout. Amicalement



kalei 16/07/2011 07:01



J'aime...



Le Mousquetaire des Mots 16/07/2011 07:32



Bonjour Kaléi,


Merci, pour moi, c'est un sacré compliment. Et merci encore plus d'avoir créé le personnage de Mam'Zic. Voilà un personnage qui vaut son pesant
d'or.


Je te souhaite de bonnes vacances.


Amicalement           Fred



ledif trocas 15/07/2011 09:48



Quel joli Qonte, Qamarade!
je viens de le lire à Juliette pendant son grand lever
"Je suis sûre Qu'il a écrit cela en pensant à moi!" s'est-elle joyeusement éQriée dans
la Qandeur enfantine d'une bientôt trentenaire "et Qomme Fred a bien cerné ma
personnalité! Jolie femme intelligente, avide de changements,Qurieuse de tout, éprise de liberté, généreuse, douée pour la répartie,
élégamment rebelle, etc..."
je n'ai pas voulu lui ôter ses illusions en lui disant Qu'elle n'était pas la seule Juliette sur cette terre et Que c'était probablement en pensant à une autre Que notre cher mousQuetaire avait
éQrit cette histoire avec la pointe acérée de son fleuret. Il est toujours dangereux de ramener les femmes sur terre, surtout à leur
lever...
j'ai pensé aussi un peu à Plume de Michaux.
Très oQQupés en ce moment par les événements loQaux, ces derniers jours, nous avons
manQué de temps. ça finira par se Qalmer un jojur...
EnQore bravo et ΦΙΛΙΚΆ



Le Mousquetaire des Mots 16/07/2011 07:35



Bonjour Ledif,


Sacrée Juliette ! Après tout, elle peut très bien s'assimiler à celle-là, fictive puisqu'elle est ma créature, mais représentative de certaines colères
féminines.


Je sens que je vais relire Michaux


Amicalement          Fred



Blanche de Marseille 12/07/2011 14:20



En fin de compte c'était pas la peine de changer de territoire !  J'ai bien aimé ce récit en forme de science-fiction - quant aux puces électroniques elles ne sont pas de la fiction
- il est question de les implanter dès la naissance du Bébé - avec mise à jour permanente évidement ...sinon le Bébé n'aura plus le droit de respirer - encore que...dans nôtre socièté actuelle ,
le droit de respirer se restreint de plus en plus si l'on y regarde de plus près ...socièté-béton ...socièté financiarisée- socièté meurtrière - socièté dans laquelle le mensonge est présenté de
plus en plus avenant ...histoire de mieux éliminer ! Cherchez l'erreur de l'Humanité !  A quand le prochain Déluge...de Feu ?!  inch'Allah ! Amicalement à toi cher
blogueur 



Le Mousquetaire des Mots 16/07/2011 07:38



Bonjour Blanche,


On va toujours chercher ailleurs ce que l'on a sous la main. Mais s'exiler pour découvrir que cet ailleurs ne vaut pas mieux que le monde qu'on a quitté,
franchement, c'est décevant. La SF n'est pas ma spécialité, cependant elle permet de faire passer quelques idées saugrenues, un excellent prétexte donc.


Bonne journée à toi. Amicalement          Fred


 



Patrick 09/07/2011 20:38



Ca tombe bien, à force de modéliser pour modéliser j'avais besoin de m'aérer les neurones... j'en perdais le plaisir d'animer, bon, c'est pas tout ça, il faut que je me crée un univers futuriste,
j'ai du taf alors je ne la fait pas longue


Amicalement Pat



Le Mousquetaire des Mots 16/07/2011 07:40



Bonjour Pat,


Je ne sais pas combien de temps cela te prendra, mais ce sera avec beaucoup de plaisir que je découvrirai ce que tu auras fait. Je te fais confiance, ça ne
peut qu'être bien (et même bien plus que bien).


Amicalement       Fred



Patrick 09/07/2011 12:33



Bonjour Fred,


N'aie pas peur si j'ai mis mon prénom et l'adresse de mon site d'animations et 3D, c'est toujours moi.


Sinon, ce scénario me donne l'idée d'en faire une animation... me permets-tu de te l'emprunter ? Cette fiction ressemble furieusement à la réalité... un petit peu comme ma fiction concernant la
main mise sur nos vies par la finance.


Je te précise que mon animation ne visera personne ni un pays précis, chacun en tirera ses conclusion.


Passe un bon WE, amicalement Pat



Le Mousquetaire des Mots 09/07/2011 17:22



Bonjour Pat,


Tu me fais trop d'honneur à vouloir mettre en animation cette courte nouvelle. Je connais ton talent dans ce domaine, donc tu as toute licence d'exploiter
cette "oeuvre" sortie tout droit de mon imagination débridée. J'attends le résultat de ton savoir-faire avec une impatience inhabituelle : pour une fois que quelqu'un semble inspiré par
mes écrits, je ne vais pas refuser une proposition aussi alléchante.


Bon week-end à toi et ton épouse. Amicalement          Fred



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