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29 août 2008 5 29 /08 /août /2008 15:02

Qu’ont-ils donc tous ces gamins qui sortent le soir, s’enivrent et gueulent sous les fenêtres ? Quelle époque, mon dieu, quelle époque !

Il est interdit de vendre de l’alcool à des mineurs. Pourtant rien que des gamins ressortent les bras chargés de bouteilles de bière. La queue devant ce tout petit magasin est impressionnante. Et toute la nuit, ça défile, les uns sortant du restaurant ouvert toute la nuit, les autres trinquant à peine sur le trottoir.

 Les lendemains de fête, la rue est transformée en vaste dépotoir. Des tessons de partout, du dégueulis d’après boire, des bouts de sandwich… Une poubelle, la rue est devenue une poubelle géante en même temps qu’un urinoir. Répugnant ! Quelle époque, mon dieu, quelle époque ! Comme si le désespoir avait envahi tous les esprits, comme si, en restant au chaud chez soi, on avait peur de s’ennuyer, comme si les mœurs s’étaient définitivement délitées !

Autrefois les mœurs étaient encore civiles, où le respect des autres existait encore, où la nuit était paisible, même pendant les vacances d’été. Et puis la mode du parisianisme, les médias, tout s’était imbriqué pour faire croire au peuple, à la France d’en bas, qu’il n’y avait que la fête et que sans elle, on ne pouvait être heureux. Que disaient les latins ? Ah oui : que demande le peuple ? Le peuple a besoin d’oublier et on lui offre  du pain et des jeux ! Donc, ce n’est pas d’aujourd’hui qu’on abrutit le peuple. Et on l’abrutit pour mieux le museler. On lui fait croire qu’il s’amuse et que seul l’amusement peut le rendre heureux. Pendant qu’il s’amuse, boit et saoule les autres avec ses rires et ses grossièretés, la vie continue à se dégrader. Il n’y a plus de frein, plus de morale. Plus rien que de la vulgarité car tout semble tellement plus facile quand on s’amuse. C’est le trou béant de l’ignorance et des œillères. C’est tellement plus facile de ne rien voir, de ne rien entendre. On se bande les yeux et on se bouche les oreilles. Ce ne sont plus des œillères qui empêchent le cheval de voir sur les côtés, c’est une visière rabattue sur ses yeux. L’homme n’est pas un cheval, mais il est encore plus bridé que lui. Il traîne son fardeau, il est dans les brancards sans pouvoir ruer. On lui offre de quoi se divertir et cela lui suffit. Qu’il croit ! Quand se réveillera-t-il ? Sans doute jamais puisque tout fout le camp. Les richards jouent en bourse, les pauvres s’amusent. La pauvreté, ce sont ces manières débordantes dans les plaisirs factices, ce goût pour la facilité, pour l’oubli de sa misère. Au placard les soucis, le manque d’argent, la vie de plus en plus chère, les SDF qui meurent dans la rue pendant que d’autres s’empiffrent. Le chômage, les traîne-misère, les entreprises qui se délocalisent à l’est, une société en mal d’être, les politiciens tous plus véreux que les autres sous leurs airs débonnaires qui expectorent des propos lénifiants, qui trompent leur monde, font croire que le pouvoir d’achat ne se porte pas si mal que cela.  La société est malade d’elle-même. Elle se meurt dans la facilité, dans la débauche, dans la violence. C’est bien cela le problème, la violence. Tout est devenu violence : les banlieues qui flambent, la jeunesse qui désespère et ne discerne que le spectre du chômage, les voisins qui se haïssent, les collègues qui se détestent, les ragots sur les autres, les médias qui en rajoutent une couche et transforment le monde en un cloaque géant. Pas étonnant qu’il y ait autant de bruit ! Bruit des voix, bruit des moteurs, bruits des canons. Tout est confondu. On ne s’y reconnaît plus. C’est la guerre. La guerre ailleurs, mais également ici, plus vicieuse, plus insidieuse. Bruit des médias qui tonitruent sur les ondes, qui étalent avec sadisme les problèmes d’une jeunesse désemparée, d’une jeunesse qui ne croit à rien. A quoi croire d’ailleurs, puisque tout va mal et que tout empire ? Du bruit, du bruit, du bruit !

Du bruit tout le temps, partout. Une vie nocturne par force, pas par choix. Quand on rit à plusieurs, on a l’illusion de s’amuser. Quand on bringue entre potes, c’est tout pareil. Un leurre, rien que ça. Qui ne se ferait pas croire qu’il est heureux ? Et quand on est heureux, on a l’impudeur de le montrer. Parce qu’il n’y a que des apparences et que tout est incitation au plaisir. Mais un plaisir factice. Alors on devient heureux, et donc bruyant. Les autres n’existent surtout pas puisqu’il suffit d’être heureux. Que sont les autres sinon un miroir qu’on voile pour ne pas être dérangés ? Et les bruits montent à la tête, frappent contre les murs du cerveau comme ils résonnent la nuit dans les rues endormies.

Il est 7h du matin. C’est samedi. La rue a retrouvé la paix. Les éboueurs sont passés depuis longtemps, entrechoquant les poubelles, heurtant trottoirs et portes, sans souci des endormis.

 

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Published by Fred de Roux - dans phénomène de société
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