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18 août 2008 1 18 /08 /août /2008 15:41

Madame ma mère,

 

L'échec d'une vie, le commencement de la fin, que dis-je, la fin elle même ! Je me suis levé quelques minutes en retard, et n'ai pu profiter de votre royale présence ce matin. Je ferais acte de contrition, soyez en assurée ! Loin de moi l'idée de vouloir m'étendre sur le sujet, tant je sais qu'il est sensible, mais voilà une faute impardonnable de ma part.

 

Mis à part cela, et le fait que je bute sur une erreur pour le moins handicapante, que je devrais être capable de résoudre, si nécessaire à l'aide de l'administrateur de réseau, tout va pour le mieux. Que dire si ce n'est que les rues de Lyon ne m'ont jamais paru aussi belles que vidées de la populace qui les hante la journée ? A neuf heures du matin, elles le sont presque, ce qui rend leur parcours nettement moins pénible. Je me sens libre, sans l'oppression des ignorants et des ahuris, des autres, tout simplement. Les côtoyer, le simple fait de les croiser me donne des frissons, comme si je me mêlais, sans le vouloir, à un groupe opposé, ennemi presque. Mis à part ceux auxquels j'accorde l'honneur de les considérer comme mes amis, je supporte mal, misanthrope comme vous me le faisiez remarquer, la présence des autres. N'y voyons pas de l'agoraphobie, ce ne sont ni les espaces ouverts ni la foule en elle même qui me répugne, mais bien ceux qui la composent, son essence même.

 

Mais revenons à, comme se plaît à le dire la populace, nos moutons. Non que je n'en possède, les animaux en général (les chats étant une exception) me font hérisser le poil, vous le savez bien. Comme hier, je rechigne tant et plus à souhaiter, encore et encore, le bon jour. Je m'insurge, je proteste, mais rien n'y fait. Cette foule d'ignorants qui composent, qui parasitent devrais-je dire, notre ville persiste (ou persifle) et saigne à étaler ses bons sentiments écœurants tant ils sont artificiels, fabriqués, automatiques à un point qu'ils tiennent plus du réflexe nerveux que de la pensée. Je me suis demandé, ne serait-ce qu'un instant, quelle serait leur réaction si je leur révélais, sous leur yeux ignares et malgré leur imbécillité crasse, le fond, les tréfonds même de ma pensée tortueuse, si peu adaptée à ce siècle qui s'enorgueillit de la "modernité". Un bien grand mot, qui loin de rimer avec progrès, tente de cacher, sans grand succès il est vrai, une lente chute, une fin proche. Tel l'empire romain d'Occident à son époque, notre décadence qui n'en finit plus, à défaut de surprendre par son existence, le fait par la longévité de son agonie. C'est ainsi que naissent et meurent les empires, du moins me semble-t-il, mais apparemment, celui dans lequel nous vivons, plutôt que de vouloir en faire partie, semble prendre son temps pour disparaître, rechignant à laisser la place à un nouveau, plus jeune, à qui il resterait l'illusion de l'intégrité. Ou alors avons-nous déjà changé ? La fin du règne de la dynastie Enarque montre-t-elle un changement d'époque qui, sans changer la société, lui a redonné, pour quelques mois, l'apparence de la nouveauté ? Pour quelques mois oui, car le voile n'a pas tardé à brûler, et sous cette croûte, ne reste que l'ancien, réadapté, repiqué. Ce nabot, bien que doué pour les discours, a vite montré l'étendue réduite de ses capacités. Au-delà du podium, au-delà des micros, il ne reste pas grand chose pour rehausser cette silhouette courte sur pattes, dont la barbe, si il se la laissait pousser, se prendrait dans les échasses qui lui permettent de planer au-dessus de la masse, bien installé, et pour encore quatre longues années ! Je revois la première de couverture de Marianne, ce journal qui, s'il ne trouve pas la plupart du temps grâce à mes yeux, a au moins eu le mérite de dire la vérité, et de m'arracher un sourire : "Putain, 4 ans !". Que dire de plus ? Prendre notre mal en patience, et regretter la perte du précédent qui, si il s'occupe au conseil d'état, avait au moins le mérite de savoir se comporter en public.

 

Encore une fois, comme le même ami, encore une personne que j'honore de ce titre, me l'a dit tout haut : "Hail to the Big Text Block !". N'ayons pas peur des mots, nous devrions réserver ce sentiment à ce qui nous attend sous le règne de nabot premier, les pavés, surtout satyriques et cyniques tel que celui-ci, me font un plaisir fou à écrire. Comme vous le disiez, j'ai hérité, et j'en éprouve une grande fierté, de votre aptitude à jouir des mots.

 

Sur ce, et à regrets de vous laisser,

Votre fils,

 

 PS : HAIL TO THE BIG TEXT BLOCK !! (bis ... repetita ...)

 

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Published by Fred de Roux - dans fourre-tout
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